Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 36.djvu/143

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Je suis convaincu pour ma part que le système généralement connu sous le nom de protection ne peut jamais être rétabli à moins que l’intérêt de toutes les classes n’exige que ce même principe gouverne toute l’industrie nationale et à moins que la nation ne fasse connaître son sentiment à cet égard avec une incontestable clarté. En présence des difficultés dont cette question est environnée, dois-je, moi le représentant d’un collège agricole, demeurer inactif et laisser dépérir les intérêts dont j’ai la garde parce qu’un seul remède sera réputé pleinement satisfaisant, quand nous savons tous que ce remède ne peut être obtenu qu’au prix des plus grandes difficultés ? Non, j’envisage la question au point de vue général. Pourquoi l’agriculteur anglais ne peut-il lutter contre le producteur étranger ? C’est parce qu’il succombe sous le poids de taxes qui accablent ses forces et épuisent ses moyens d’action. » La conclusion de l’orateur était que les agriculteurs faisaient fausse route en s’obstinant à demander un retour au passé, et qu’ils devaient tourner leurs efforts vers la réduction des charges qui pesaient sur eux. Ce discours eut un immense retentissement ; mais, s’il fit ouvrir les yeux aux plus intelligens des conservateurs, il en froissa vivement d’autres, qui n’hésitèrent pas, comme lord Stanhope, à le qualifier de manifestation indiscrète et intempestive.

Les événemens du 2 décembre 1851 amenèrent entre lord John Russell et lord Palmerston un nouveau conflit à la suite duquel le dernier sortit du ministère et fut remplacé par lord Granville. Lord John Russell crut consolider sa position et rallier autour de lui tous les libéraux en annonçant, à l’ouverture de la session de 1852, la présentation d’un bill de réforme électorale ; mais lord Palmerston, impatient de se venger, attaqua la première mesure ministérielle qui fut mise en discussion, un bill pour l’organisation de la milice, et fit voter un amendement qui en altérait profondément le caractère. Lord John Russell se retira, et lord Derby, ayant obtenu de la reine l’autorisation de dissoudre la chambre, accepta la mission de former un cabinet. M. Disraeli fut appelé aux fonctions de chancelier de l’échiquier.

Le ministère tory arrivait au pouvoir dans les conditions les plus défavorables. Il ne s’appuyait dans la chambre des communes que sur une minorité, et il avait la certitude qu’une coalition se formerait immédiatement contre lui. Lord Derby, qui avait fait partie de plusieurs cabinets, joignait à un grand talent de parole l’expérience administrative ; mais il était confiné dans la chambre des lords : de tous ses collègues, un seul, M. Herries, avait quelque teinture des affaires, ayant occupé, trente ans auparavant, un poste secondaire dans la dernière administration de lord Liverpool : tous les autres étaient des hommes nouveaux qui avaient leur apprentissage à faire.