Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 36.djvu/236

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situation qui existait au moment où M. le président de la république arrivait au pouvoir, il y a neuf mois. Entre ces deux époques, la différence est sensible. Il y a neuf mois, la république, n’ayant plus à craindre ni contestations, ni surprises, trouvant dans le chef de l’état la garantie vivante dés institutions nouvelles, entrait dans une voie où, avec un peu de prudence et de bonne volonté, tout semblait facile. A l’heure qu’il est, sans exagérer, on peut dire que tout s’est aggravé, qu’on est plus que jamais dans cette « ère des difficultés » prédite par M. Gambetta, et que des crises nouvelles ne sont plus impossibles.

D’où vient cette différence, cette altération rapide d’une situation ? C’est qu’il y a eu visiblement dans l’intervalle une déviation de politique. Sans nul doute, l’élévation de M. Jules Grévy, au moment où elle s’est accomplie, n’avait par elle-même rien que de naturel et de rassurant ; elle était même une évolution assez logique, en ce sens qu’elle en finissait avec des contradictions dont M. le maréchal de Mac Mahon avait été la victime. Elle plaçait à la tête de la république un homme dont les opinions anciennes et l’intégrité étaient une garantie pour tout le monde ; elle mettait l’accord entre les pouvoirs. L’avènement de M. Jules Grévy signifiait, en un mot, que la république était sortie de la phase des contestations et des crises pour prendre le caractère d’un établissement régulier et définitif. Il n’avait pas d’autre signification, il n’impliquait pas que les institutions eussent changé de nature, que la politique qui avait fait le succès de la république naissante eût cessé d’être efficace et fût épuisée. Ce qu’il y avait de plus simple désormais, c’était de conduire ce régime nouveau avec mesure, avec prévoyance, de manière à lui laisser le temps de se fonder, de s’accréditer par ses œuvres, par une fermeté conciliante et équitable.

C’était possible si on. l’avait voulu. Malheureusement l’erreur ou la faiblesse de certains républicains est toujours de ne pouvoir s’accoutumer aux conditions les plus nécessaires de gouvernement, de se laisser emporter dès qu’ils se sentent à demi libres, de croire que la république n’existe que lorsqu’elle se manifeste par des agitations, par les guerres aux croyances, par des condescendances pour les séditions, par les évocations révolutionnaires, par les prétentions jalouses et exclusives. Ils se sont figuré qu’avec une présidence nouvelle ils pouvaient se donner libre carrière, et c’est ainsi que s’est formé, par la faiblesse des uns, par l’impatience des autres, tout un mouvement plein d’incohérence qui n’a pu qu’altérer une situation régulière, auquel des ministres eux-mêmes ont prêté un imprévoyant appui, au risque de compromettre le gouvernement tout entier. M. le ministre de l’instruction publique a cru satisfaire une partie du radicalisme en flattant les passions anticléricales, et il a imaginé son article 7 ! Il n’a pas Vu qu’il n’agissait plus eu politique maintenant impartialement les droits de l’état, qu’il faisait revivre une république de secte et de jacobinisme menaçant du même