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parfois refroidi, mais jamais éteint, de la flamme révolutionnaire.

Qu’a-t-on fait de ces garanties, depuis que la constitution fonctionne ? Nous ne sommes pas de ceux qui ont voté la précaution prise contre Paris ; nous n’avons donc pas été très ému de cette révision partielle qui touche au déplacement du siège du gouvernement, tout en reconnaissant qu’aucune mesure efficace n’a été prise pour en prévenir les conséquences possibles, sinon probables. Avec un gouvernement fort et résolu, nulle insurrection n’est à craindre, même à Paris, et il est juste d’ailleurs de reconnaître que la démocratie, pouvant obtenir désormais toute satisfaction par le suffrage universel, commence à comprendre que les temps héroïques sont passés pour elle. Il n’en est pas moins vrai qu’avec le tempérament de la démocratie parisienne, il faut compter sur l’imprévu, et que le droit de réquisition directe de la force armée par les présidens des chambres n’a rien de bien rassurant pour l’ordre et la paix publique. Nous attendons la sagesse du peuple de Paris à l’épreuve d’un conflit possible entre les trois pouvoirs ; s’il n’est point tenté de se mettre de la partie, la. confiance du gouvernement qui a répondu de l’ordre sera justifiée. En tout cas, c’est déjà une garantie de moins dans une constitution que les législateurs avaient voulu rendre aussi conservatrice que possible.

Mais il s’est fait, sans qu’on ait pris la peine de le voter, un bien autre changement dans la constitution. En principe, le sénat a le même pouvoir que la chambre des députés sur toutes les œuvres législatives, et si l’une a l’initiative de discuter et de voter le budget, l’autre conserve le droit de soumettre le projet voté à une discussion sérieuse, et d’y introduire tels amendemens qu’il juge utiles ou nécessaires. Que se passe-t-il en réalité ? Depuis que la constitution a été mise en pratique, les divers budgets qui ont été présentés par le gouvernement et votés par la chambre des députés, après longue discussion, et avec d’import an s amendemens, n’ont pu être, faute de temps, véritablement discutés par le sénat, dont le vote sommaire n’a guère été autre chose qu’un simple enregistrement. Cet usage, il est vrai, n’a pas encore passé en droit, malgré les prétentions d’une fraction considérable de la chambre des députés dont l’éloquence de M. Jules Simon a eu raison un jour ; mais il faudra une grande énergie au sénat et au président de la république, dont c’est le devoir, pour ramener l’autre chambre au respect de la constitution sur ce point. Toujours en principe, un ministère, pour se former et pour durer, ne peut pas se passer de l’agrément de la majorité des deux chambres. Assurément les ministres sénateurs n’ont pas manqué jusqu’ici aux cabinets qui se sont succédé. Est-ce par égard pour le sénat que la chambre des