Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 36.djvu/503

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Du moment que les dernières espérances d’un arrangement à l’amiable entre les puissances avaient disparu, l’attitude de l’Autriche était toute tracée. La médiation, qui était une sorte de pont jeté d’une rive à l’autre, entre la paix et la guerre, et pouvant conduire à l’une ou à l’autre, avait échoué. Et pourtant on ne pouvait accuser de cet insuccès ni la puissance médiatrice ni les adversaires de Napoléon. Notre place était désormais à côté des alliés. Pour l’occuper effectivement, il fallait sans tarder arrêter les bases de l’alliance ainsi élargie.

J’exposerai à grands traits les vues et les sentimens qui nous guidaient, l’empereur et moi, et dans lesquels nous nous accordions à trouver des règles inviolables pour la conduite à suivre dans un avenir prochain comme dans un avenir plus éloigné.

Le but que nos poursuivions était le rétablissement de la tranquillité fondée sur l’ordre. Comme moyen d’y arriver, j’indiquai à l’empereur ce qui suit : 1° à l’égard des projets des alliés, exclusion de toute idée de conquête, et, par suite, retour de la France, de l’Autriche et de la Prusse à leurs anciennes limites ; 2° prise en considération de la différence établie par le droit des gens entre les conquêtes consommées et les incorporations de territoire via facti, sans que les anciens possesseurs aient formellement renoncé à leurs droits en faveur du conquérant ; par suite, restitution immédiate et sans condition des territoires incorporés à leurs anciens possesseurs, tandis que les conquêtes consommées devaient être regardées comme des pays délivrés de la domination française par les puissances alliées, comme un bien commun dont la disposition serait réservée aux dites puissances. Les pays qui rentraient dans la catégorie des simples incorporations via facti étaient : les possessions de la maison de Hanovre, — les parties des états de l’église non désignées dans le traité de Tolentino, — les possessions continentales du roi de Sardaigne, — les possessions de la maison d’Orange en Allemagne, — les possessions de la Hesse électorale ; 3° ajournement, jusqu’à la conclusion de la paix, de toutes négociations relativement aux décisions à prendre au sujet des pays qui formeraient le bien commun des alliés ; renvoi du règlement définitif du sort de ces pays à un congrès européen qui se réunirait après la paix. Indépendamment de leur valeur absolue, les trois mesures ci-dessus offraient dans la pratique un avantage indiscutable : c’était le moyen d’écarter de notre grande entreprise les dangers d’un désaccord inévitable entre les alliés.

Nous examinâmes aussi un autre objet de la plus haute importance, la question du Quid faciendum des territoires allemands. Conformément aux vues de l’empereur et aux miennes sur ce