Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/194

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jointe à tant d’audace. Voyez en effet où cette politique d’agression nous a déjà menés et ce qu’elle nous réserve encore. Un trouble profond dans le pays et dans l’église, un redoublement des passions révolutionnaires et religieuses, un conflit probable entre les deux chambres, voilà, sans compter l’amnistie, ce qu’en moins de quelques mois nous vaut la politique opportune inaugurée par M. Ferry.

Et maintenant que pèse encore l’argumentation ministérielle ? Quelle conclusion en tirer ? Une seule, et nous l’emprunterons cette fois à M. Ferry lui-même. Nous la trouvons dans ce passage de son discours : « On nous demande pourquoi nous poursuivons les jésuites plutôt que d’autres ? — Nous les poursuivons parce qu’ils sont l’âme de cette milice laïque d’un nouveau genre contre laquelle nous luttons depuis sept ans, qui a été la maîtresse dans l’assemblée nationale. »

On l’avoue donc enfin ! ce n’est pas l’intérêt de l’enseignement, le bien de l’Université qu’on s’est proposé. Que font ces choses à nos politiciens ? Ce qu’il leur fallait avant tout, c’était une loi de représailles, ce qu’ils ont voulu frapper, ce n’est pas tant le présent que le passé. En traduisant les jésuites à la barre de la chambre, c’est le procès du 24 et du 16 mai qu’on a prétendu faire ; en les condamnant, c’est l’assemblée nationale, c’est le maréchal de Mac Mahon, c’est M. le duc de Broglie et ses collègues qu’on a condamnés. On ne les avait pas poursuivis devant le sénat ; on a trouvé plus simple et plus juste de les faire exécuter par les 363.

Il faut savoir gré à M. le ministre de l’instruction publique de nous avoir donné cette interprétation de l’article 7. A vrai dire, nous soupçonnions bien que le 16 mai n’était pas étranger à l’affaire ; mais il n’est pas mauvais que l’aveu en soit tombé de la bouche même de M. Ferry. Ses projets se dessinent mieux ainsi ; l’idée maîtresse en apparaît plus nettement ; nous pouvons en mesurer toute la hauteur. Il nous devient aussi plus facile d’apprécier le vote de la chambre. Rendu par une assemblée juge et partie dans sa propre cause, encore toute chaude des ardeurs d’une lutte électorale sans précédent, il devait nécessairement affecter le caractère d’une revanche et, de fait, c’en est une ; il n’y a pas d’autre nom qui lui convienne.


II

Il était difficile qu’une matière aussi grave que la liberté d’enseignement laissât les conseils généraux indifférens. La loi leur interdit les vœux politiques, elle ne s’oppose nullement à ce qu’ils discutent les grandes questions sociales. D’ailleurs, à supposer que la loi fût obscure, la jurisprudence était là ; de nombreux précédens