Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/296

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maladies morales qui entraînent damnation éternelle ? — De là l’intolérance charitable, qui, quoi qu’on dise, est essentielle au catholicisme, car elle se déduit de ses principes mêmes : de nos jours encore elle est pour la théologie romaine un article de foi. — Mais prenons la maxime chrétienne en son second sens, et supposons que cette « volonté » qui sert de règle à notre conduite envers les autres est ma volonté droite. Alors la maxime signifiera : — « Agissez comme vous devriez vouloir qu’on agît envers vous. » Cercle vicieux, qui revient à dire : « Faites aux autres ce qu’il est juste ou charitable de leur faire l » il reste toujours à savoir où est la justice, où est la charité. — A vrai dire, dans la maxime chrétienne, par volonté on entend une volonté aimante : agissez envers les autres sous le mobile et l’inspiration de l’amour. Et par cet amour on désigne, selon tous les théologiens, la volonté du bien des autres. Que résultera-il de ce troisième sens du précepte ? C’est que nous prendrons pour mesure à l’égard d’autrui l’idée que nous nous faisons du bien et de la vérité. Or l’amour ainsi entendu est la négation de tout droit, puisqu’il substitue notre opinion, vraie ou fausse, à la conscience d’autrui. C’est Pascal qui a dit : Le pire mal est celui qu’on fait par bonne intention ; Il ne suffit donc pas, pour réaliser la vraie justice et la vraie fraternité, de régler notre conduite envers autrui sur les objets que nous voulons nous-mêmes, ces objets fussent-ils le bien, le vrai, le bonheur et, qui plus est, le bonheur éternel. Par la méthode catholique, les personnes se trouvent finalement subordonnées aux objets et aux choses : le croyant élève au-dessus des autres hommes ses propres idées et traite ses semblables comme des instrumens en vue du grand œuvre qu’il se propose : la fin justifie les moyens. Il ne sert à rien de répéter avec les théologiens que la fraternité, la charité, la bonté envers les autres a pour fin le bien d’autrui, car ce qui importe, c’est de savoir en quoi consiste le vrai bien d’autrui ; or jamais la théologie, du moins la catholique, ne l’a placé dans le droit des autres, dans le maintien et dans le développement de leur liberté individuelle ; jamais elle n’a analysé l’idée d’une valeur immanente à l’homme en tant qu’homme et attraction faite de la notion de Dieu. Le protestantisme lui-même est trop attaché à l’idée de la grâce pour admettre que l’homme avait par soi et pour soi, sans aucune considération de la divinité. Assurément, aux yeux du théologien philosophe qui a présenté la thèse chrétienne sous sa forme la plus plausible, — M. Secrétan, — l’amour d’autrui implique l’amour de la liberté d’autrui ; mais, outre que sa doctrine est loin de la théorie orthodoxe et primitive, elle repose encore en dernière analyse sur l’idée d’une valeur conférée à l’homme par Dieu, sur l’idée de la grâce. En somme, la charité