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LES DÉMONIAQUES D’AUJOURD’HUI



I.

L’HYSTÉRIE ET LE SOMNAMBULISME


Il est probable que, parmi les lecteurs de la Revue, bien peu ont franchi les grilles de la Salpêtrière. Un asile d’aliénées, un hospice pour la vieillesse, ne sont pas des spectacles faits pour tenter. On ignore volontiers, on se plaît peut-être à ignorer que dans cette grande ville de Paris une autre ville est incluse, ville de vieilles femmes et de folles, qui compte près de cinq mille habitans. À vrai dire, la Salpêtrière est surtout destinée à héberger les vieilles femmes infirmes. Si quelqu’un, désireux d’analyser les effets de l’âge sur l’intelligence humaine, voulait observer les sentimens et les passions des pensionnaires de cet immense hôpital, il trouverait là les matériaux d’un curieux livre de psychologie. Peut-être un jour cette étude sera-t-elle tentée. Ici notre but est tout autre. Parmi les aliénées qui sont enfermées à la Salpêtrière, il y a des malades qu’on aurait brûlées autrefois, et dont la maladie eût passé pour un crime il y a trois siècles. L’étude de cette maladie, dans le présent et dans le passé, est un triste et instructif chapitre pour servir à l’histoire de la pensée humaine, et, malgré notre insuffisance, nous oserons l’entreprendre.

Dans la première partie, nous décrirons les symptômes psychologiques de l’hystérie. Grâce aux médecins de la Salpêtrière, qui l’ont approfondie avec beaucoup de soin, la connaissance de cette maladie a pris un développement inattendu, et peut-être quelques-uns des résultats obtenus intéresseront-ils les personnes étrangères aux sciences médicales.