Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/424

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usent des sciences, non ceulx qui les dressent. » Il trouve à ces mêmes sciences beaucoup ci d’étendues et d’enfoncemens fort inutiles. » Il devance même Rousseau dans son fâcheux paradoxe sur l’influence corruptrice du savoir. « L’estude des sciences amollit et effémine les courages plus qu’elle ne les fermit et aguerrit. »

Esprit superficiel, délié, promenant sa curiosité sur toutes choses sans en approfondir aucune ; âme modérée et douce, indulgente et surtout tolérante, estimant que c’est mettre ses conjectures à bien haut prix que d’en faire cuire un homme tout vif ; » également incapable de rien entreprendre contre l’honneur et de se laisser entraîner au souffle des passions ou de l’enthousiasme ; d’un égoïsme aimable et raffiné ; peu sensible, à l’amour de la famille et de la patrie : voilà l’élève de Montaigne. Certes, un tel homme saura conserver dans la vie l’équilibre qui sauve des grandes infortunes ; je ne doute pas qu’il ne rencontre cette sorte de bonheur que donne l’indifférence sereine du scepticisme ; il aura même sa dignité à lui, celle qui vient du méprisses choses basses, frivoles et vulgaires, de l’harmonie des facultés, de la paix avec soi-même. J’ai peur seulement que sa vertu ne soit singulièrement immobile et négative, et que les parties hautes du devoir, soit dans la famille, soit dans la société, ne paraissent d’un accès bien rude à sa débile énergie. Il pourra vivre heureux au milieu d’une époque troublée, à l’écart des luttes intestines dont la clameur vient expirer au seuil de son château : il n’est pas l’homme de nos démocraties contemporaines, où l’activité sans trêve est la loi, et la fraternité, l’idéal.


II

Deux institutions résument au XVIIe siècle l’histoire de l’éducation publique en France : les collèges des jésuites et les petites écoles de Port-Royal.

Nous dirons peu de chose des premiers. Leur esprit, leurs méthodes, leur but, sont suffisamment connus. Ils furent dès l’origine à peu près tels qu’ils sont aujourd’hui ; leur immobilité est leur puissance et leur condamnation. On sait que les jésuites n’ont cultivé avec succès que l’enseignement secondaire ; l’instruction élémentaire du peuple, ils s’en défient ; tout pour eux se subordonne à la foi, et quelle meilleure sauvegarde pour la foi du plus grand nombre que son ignorance ? Aussi lit-on dans leurs Constitutions ce passage caractéristique : « Nul d’entre ceux qui sont employés à des services domestiques pour le compte de la société ne devra savoir lire et écrire, ou, s’il le sait, en apprendre davantage ; on ne l’instruira pas sans l’assentiment du général, car il lui suffit de servir en toute simplicité et humilité Jésus-Christ, notre maître. »