Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/438

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lumière et du son ; nous lui accorderons cependant que la science ne nuit pas nécessairement à l’inspiration de l’artiste. Nous lui accorderons surtout que des notions élémentaires, mais précises et exactes, de médecine et d’hygiène, de psychologie positive et pratique, ne sauraient être inutiles à ceux ou à celles qui auront plus tard à élever de jeunes enfans. « Quand un père qui a agi d’après de faux principes adoptés sans examen s’est aliéné l’affection de ses fils, les a poussés par sa sévérité à la révolte, à la ruine morale, et a fait son propre malheur, il pourrait, ce semble, faire cette réflexion : que l’étude de l’éthologie eût mieux valu pour lui que celle d’Eschyle. Quand une mère pleure son premier né qui a succombé aux suites de la fièvre scarlatine, et qu’un médecin sincère lui dit ce qu’elle soupçonne déjà, que son enfant aurait guéri si sa constitution n’avait pas été d’avance affaiblie par l’abus de l’étude, quand elle est écrasée sous le double poids de la douleur et du remords, c’est une bien faible consolation pour elle que de pouvoir lire Dante dans l’original. »

L’éducation moderne tient grand compte du développement corporel. Elle a répudié l’ascétisme du moyen âge, et, instruite par la physiologie, elle sait que toute culture excessive et prématurée de l’intelligence, en surexcitant l’activité du cerveau, produit infailliblement des troubles plus ou moins profonds dans les fonctions digestives, circulatoires, respiratoires, amène l’arrêt de croissance, le rachitisme, des maladies de toutes sortes, par suite, la dégénérescence de la race. L’exercice méthodique des différens muscles par la gymnastique, mieux encore, l’expansion d’énergie physique accompagnée de plaisir que provoquent les jeux naturels de l’enfance, sont d’une utilité que personne ne songe plus à contester. On a compris que, si l’objet suprême de l’éducation n’est pas de former des athlètes, néanmoins l’intelligence est d’autant mieux préparée pour les luttes de la vie qu’elle trouve à sa disposition un corps plus vigoureux.

Depuis Rousseau, il n’est plus permis de méconnaître la nécessité pour l’instituteur de modeler son enseignement sur l’évolution spontanée de l’esprit. L’enfant est d’abord tout sens ; c’est par le concret, le particulier, le sensible, qu’on parviendra à fixer son attention si mobile et si distraite au début. De là l’importance des leçons de choses, universellement adoptées aujourd’hui dans nos écoles primaires. De là la convenance d’ajourner à douze ou treize ans l’étude des règles abstraites de la grammaire, d’attribuer à des âges différens la partie expérimentale et la partie théorique des sciences physiques, naturelles, historiques, sociologiques ; d’utiliser de bonne heure les dispositions de l’enfance pour les arts du dessin, de commencer par une culture en quelque sorte esthétique