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Mémoires de Pierre Thomas, sieur du Fossé, publiés en entier pour la première fois ; par M. F. Bouquet, pour la Société de l’Histoire de Normandie, 4 vol, in-8°, Rouen.


Pierre Thomas, sieur du Fossé, n’est pas sans doute un grand nom dans l’histoire de notre littérature ; ce n’est pas pourtant un nom tout à fait inconnu, puisque Sainte-Beuve a pu compter quelque part celui qui le portait parmi les « illustres solitaires » de Port-Royal. L’épithète eût effarouché la toute naïve modestie de l’excellent homme. Elle est un peu forte, en effet. Pierre Thomas a passé sur la terre en faisant le bien, se dissimulant dans la retraite et dans l’ombre, trop honoré, — croyait-il sincèrement, — de l’affection que lui témoignèrent les Le Maître, les Arnauld, les Saci, les Tillemont ; et s’il se trouve, comme il se trouve, qu’il ait beaucoup écrit, du moins n’a-t-il pris la plume que pour soulager de l’excès du labeur quelqu’un de ses savans amis ou pour subvenir pieusement à quelque mémoire vénérée. Mais, comme il le dit lui-même, à se contenter ainsi du travail de chaque jour, et travaillant comme « si l’on n’avait à travailler que ce jour-là même, » on va loin ; et c’est ainsi qu’il est venu jusqu’à nous.

Il est possible que peu de lecteurs connaissent la Vie de dom Barthélémy des Martyrs, ou encore la Vie de saint Thomas de Cantorbéry, dédiée courageusement à Louis XIV comme’ une de ces leçons indirectes et respectueuses que Port-Royal a quelquefois osées. En est-il même beaucoup qui connaissent une Vie de Tertullien et d’Origine, que Mme de Sévigné déclarait tout uniment « divine » et que Bayle, moins prompt à l’enthousiasme, n’a pas laissé de citer fort honorablement dans son grand Dictionnaire ? Et cependant, je gage que Pierre Thomas est plus connu des lecteurs qu’ils ne le savent et ne le croient eux-mêmes ; car il débuta par la publication de ces Mémoires du sieur de Pontis qui figurent dans toutes les collections de Mémoires relatifs à l’histoire de France et qui ne furent pas moins, dans leur temps, qu’un petit événement littéraire. Au siècle suivant, la vogue de cet