Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/478

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sous toutes les formes, elle est de tous les instans, et elle n’est malheureusement pas considérée dans toutes les administrations de la même manière.

Ainsi, lorsque les chefs des cours de justice de Paris ont été reçus dernièrement à la chancellerie, M. le garde des sceaux Cazot, il faut l’avouer, s’est exprimé de la façon la plus mesurée et la plus correcte. Il n’a point hésité à reconnaître les lumières, la loyauté de la magistrature française, à rappeler « le principe de la séparation des pouvoirs, cette condition indispensable des libertés publiques. » De ce qu’a dit M. le garde des sceaux, on peut conclure qu’il n’accepte pas cette pensée de guerre personnelle qui se déguise sous le voile d’une suspension révolutionnaire de l’inamovibilité, qu’il ne s’associera pas à une proposition sur laquelle M. Le Royer avait fait des réserves, tout en laissant la chambre s’engager, par une imprudente prise en considération, dans une voie dangereuse. Les projets de réformes qui se préparent et les conséquences de toute sorte qu’ils pourront entraîner soulèveront encore bien des difficultés sans doute ; ils semblent du moins devoir respecter un principe qui a été jusqu’ici la sauvegarde de l’indépendance de la justice. Le gouvernement, en un mot, ne paraît pas vouloir dépasser la limite au delà de laquelle la magistrature, atteinte dans son inviolabilité, ne serait plus qu’un corps subordonné et servile, livré à tous les hasards de la politique, rendant des services et non plus des arrêts. La réserve même qu’a montrée M. le garde des sceaux dans son langage prouve qu’on n’aborde pas sans quelque crainte une question qui, en dehors des considérations personnelles, touche à une institution respectée, aux intérêts les plus sérieux de la société tout entière. Au ministère des finances, on va plus vite et plus étourdiment. Ici l’esprit d’aventure et de témérité semble être arrivé aux affaires avec M. le sous-secrétaire d’état Wilson, qui a tout l’air de commencer une expérience, peut-être coûteuse, sous le regard paternel d’un ministre trop obligeant pour contrarier la jeune ambition du lieutenant qu’on lui a donné.

Certes si, après la justice, il est une autre administration civile où tout doit être fait avec suite, avec régularité et sans bruit inutile, c’est ce vaste gouvernement des finances aux ressorts si compliqués, à la fois si souples et si puissans ; c’est ce gouvernement des forces économiques et des ressources de la France, dont des révolutions mal conçues pourraient affaiblir l’efficacité. Que là comme ailleurs les pouvoirs nouveaux tiennent à n’avoir que des agens fidèles et obéissans, qu’ils fassent la guerre aux fonctionnaires hostiles ou suspects, soit : les épurations ont déjà commencé dans l’administration centrale, et les trésoriers payeurs-généraux, percepteurs, contrôleurs ou receveurs n’ont qu’à se bien tenir. M. le sous-secrétaire d’état est un Romain qui ne connaît que la