Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/596

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instant, qu’il versa la voiture où se trouvaient l’impératrice et quelques personnes, sans aucun accident grave, heureusement. Il en fut quitte pour avoir pendant trois semaines le poignet foulé. Depuis ce temps, il renonça à mener lui-même, disant en riant que dans les moindres choses, il fallait que chacun fît son métier. Quoiqu’il ne prît pas grand intérêt au succès d’une chasse, cependant il grondait assez fortement, lorsqu’on ne réussissait point à prendre le cerf. Il se fâchait si on lui représentait que lui-même, en changeant de route, avait contribué à égarer les chiens ; le moindre non-succès lui causait toujours surprise et impatience.

Il travaillait beaucoup à Fontainebleau, comme partout. Il se levait à sept heures, donnait son lever, déjeunait seul, et les jours où l’on ne chassait point, il demeurait dans son cabinet, ou tenait ses conseils jusqu’à cinq ou six heures. Les ministres, les conseillers d’état venaient de Paris comme si on était à Saint-Cloud. Il n’entrait pas beaucoup dans la raison de la distance, jusqu’au point que, manifestant le désir qu’on lui fît sa cour, le dimanche, après la messe, comme cela se passait à Saint-Cloud, on partait de Paris dans la nuit pour arriver le matin à l’heure prescrite. On se tenait alors dans l’une des galeries de Fontainebleau, qu’il parcourait à son gré, ne pensant pas toujours à payer d’une parole ou d’un regard la fatigue et le dérangement d’un pareil voyage.

Tandis qu’il demeurait la matinée dans son cabinet, l’impératrice, toujours élégamment parée, déjeunait avec sa fille et ses dames, et ensuite, se tenant dans son salon, y recevait les visites des personnes qui habitaient le château. Celles d’entre nous qui s’en souciaient pouvaient y faire quelque ouvrage, et cela n’était pas inutile pour soutenir la fatigue d’une conversation oiseuse et insignifiante. Madame Bonaparte n’aimait pas à être seule, et n’avait le goût d’aucune occupation. A quatre heures, on la quittait. Elle vaquait alors à sa toilette, et nous à la nôtre ; c’était toujours une grande affaire. Un assez bon nombre de marchands de Paris avaient transporté à Fontainebleau leurs plus belles marchandises, et ils en trouvaient, facilement le débit, en se présentant dans nos appartemens. Entre cinq ou six heures, il arrivait assez fréquemment que l’empereur passait dans l’appartement de sa femme, et qu’il montait en calèche, seul avec elle, pour se promener avant son dîner. On dînait à six heures, ensuite on se rendait au spectacle, ou chez la personne qui devait, à tel jour, se charger du plaisir de la soirée.

Les princes, maréchaux, grands officiers ou chambellans qui avaient les entrées, pouvaient se présenter chez l’impératrice. On frappait à la porte, le chambellan de service annonçait ; l’empereur disait : Qu’il entre ! et on entrait. Si c’était une femme, elle