Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/646

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de même, bien qu’ils ne viennent pas tous de la vigne. Il en a été exporté en 1859 pour 90 millions de francs ; en 1873 pour 97 millions ; les importations ont passé de 4 millions à 7 millions.

La culture de la vigne, depuis le traité de commerce, a donc été très lucrative et la source de fortunes considérables. Malgré cela, il se trouve des gens pour se plaindre et pour demander qu’on frappe d’un droit de 20 francs par hectolitre les vins étrangers entrant en France. Cette demande, formulée par la Société des agriculteurs, n’est qu’une mesure de représailles motivée, non sur ce que la France aurait à craindre la concurrence étrangère, mais sur ce que les autres peuples n’admettent pas nos vins en franchise. Il est certain que le droit de 27 francs par hectolitre, que nos vins paient pour entrer en Angleterre, est exorbitant ; mais, tout compte fait, il n’est pas plus élevé que l’octroi de Paris, et ce n’est pas en imposant les vins étrangers à leur entrée en France qu’on le fera baisser. Ce n’est pas d’ailleurs contre la concurrence étrangère que nos viticulteurs auraient surtout besoin d’être protégés, mais contre la falsification des spiritueux de toute nature qui avilit les prix en ruinant la santé publique. Le jour où ils entreprendront une campagne contre ces abus, ils auront avec eux tous ceux qui combattent aujourd’hui leurs prétentions. L’impôt sur les boissons étant un des plus productifs, il est juste que celles venant de l’étranger soient soumises aux mêmes charges que celles fabriquées en France. Il en est de même des sucres, qui doivent être imposés au même titre que les sucres indigènes. La plupart des cultivateurs réclament pour ces derniers un drawback, c’est-à-dire une prime de sortie pour les sucres exportés, correspondant à l’impôt payé par le producteur. Ce serait une mesure fâcheuse dont la conséquence serait de faire payer au consommateur indigène les sucres fabriqués en France plus cher qu’aux étrangers. Autrement dit, c’est nous qui paierions l’impôt pour que ces derniers en fussent affranchis.

Les sériculteurs, eux aussi, réclament une protection contre la concurrence étrangère ; il ne leur faut pas moins de 12 francs par kilogramme pour les soies moulinées, de 10 francs pour les soies grèges, et de 0 fr. 60 pour les cocons frais. Il est incontestable que cette industrie a été cruellement éprouvée et que la maladie des vers à soie, ajoutée à celle du mûrier, a causé bien des ruines. La production des cocons, qui était de 117 millions de francs en 1850, était tombée, en 1859, à 50 millions environ ; elle s’est un peu relevée, grâce aux découvertes de M. Pasteur, au point d’atteindre, en 1874,1e chiffre de 66 millions ; mais elle est retombée à 44 millions en 1875 et à 11,500,000 francs en 1876. Les importations de soie et de cocons qui, en 1859, étaient de 192 millions de francs, se sont élevées en 1876 à 488 millions ; pendant le même