Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/653

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Grignon, de Grand-Jouan, de Montpellier, et surtout l’Institut agronomique récemment fondé à Paris sur l’initiative de M. Tisserand, qui, depuis trois années qu’il existe, a déjà produit, sous l’habile direction de M. Risler, des sujets du premier mérite. On entend souvent des personnes se plaindre de l’obstruction des carrières et de la difficulté qu’éprouvent aujourd’hui les jeunes gens à se caser. C’est bien à tort, car si nous avons certainement plus de candidats sous-préfets qu’il n’en faut, nous manquons par contre d’hommes ayant le sentiment de leur valeur personnelle et décidés à ne rien devoir qu’à leur travail. Si les parens comprenaient l’intérêt véritable de leurs enfans, c’est vers la carrière agricole qu’ils les dirigeraient plutôt que de se résigner à les voir peupler les bureaux des ministères et encombrer la salle des Pas-Perdus.

Le jour où la classe éclairée s’occupera réellement de l’agriculture, les progrès ne tarderont pas à se manifester dans toutes les directions. On verra les cultures mieux réparties, les montagnes reboisées, les prairies irriguées et la production des céréales restreinte aux localités où elle est avantageuse. Mais c’est l’élève du bétail qui, selon toute probabilité, est destinée à prendre le plus grand développement. Non-seulement ce mode d’exploitation est celui qui exige le moins de main-d’œuvre, mais c’est aussi le plus profitable. Le prix de la viande, qui n’a fait que s’accroître tandis que celui du blé est resté à peu près stationnaire, prouve qu’il y a encore d’énormes besoins à satisfaire et qu’un propriétaire intelligent choisissant ses reproducteurs, introduisant des races précoces pour diminuer les prix de revient, trouvera toujours sur le marché intérieur un débouché illimité, sans avoir aucune concurrence à redouter du dehors. Le fait saillant qui résulte de l’enquête faite par la Société nationale d’agriculture, c’est la prospérité de tous les pays à herbages comparés aux régions cultivées en céréales. Mais, comme les travaux d’irrigation que comporte ce changement de système ne sont pas toujours à la portée d’un seul propriétaire, parce qu’ils entraînent de grandes dépenses et s’étendent souvent sur de grands espaces, il serait désirable qu’il se créât entre les intéressés, comme dans certains départemens du Midi, des syndicats pour les faire exécuter. C’est là, ce nous semble, une tâche qui appartient aux sociétés d’agriculture départementales, dont le rôle, jusqu’ici beaucoup trop effacé, pourrait devenir des plus importans et des plus utiles au progrès agricole. Pourquoi n’imiterait-on pas aussi en France ce qui s’est fait en Angleterre, en fondant des sociétés pour l’amélioration de la terre (Land Improvement Societies) ? On sait que, lors du rappel de la loi sur les céréales, le parlement anglais a mis à la disposition du gouvernement ; par deux actes différens, une sommé totale de 4 millions de livres sterling