Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/710

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A une très basse pression, l’hydrogène, l’acide carbonique ou l’air atmosphérique montrent les mêmes phénomènes de phosphorescence, de déviation magnétique, de calorification ; seulement ces phénomènes commencent à paraître à des pressions différentes. Mais, chose curieuse, dans cet état de ténuité extrême où la matière radiante semble revêtir quelques-unes des propriétés de l’éther ou de l’énergie radiante, les molécules conservent cependant leur individualité chimique et leurs caractères propres : l’acide carbonique continue à être absorbé par la potasse, la vapeur d’eau par l’acide phosphorique anhydre, l’hydrogène par le métal palladium, et l’oxygène par le charbon, qu’il brûle. La permanence de ces propriétés chimiques a été mise à profit pour pousser la raréfaction du gaz à un degré inconnu jusqu’à nos jours. Ainsi, dans des tubes où l’air atmosphérique a été réduit à une pression excessivement faible, on peut remplacer cet air par de la vapeur d’eau et celle-ci peut être absorbée à son tour par une substance avide d’eau comme la potasse sèche ou l’acide phosphorique. C’est en employant des moyens de ce genre que M. Crookes est parvenu à produire un vide qu’il évalue à la vingt-millionième partie d’une atmosphère.

Mais est-il bien vrai que les effets dont il nous a rendus témoins soient dus à une projection de molécules, et la décharge électrique ne serait-elle pas capable de les produire par elle-même ? L’éminent physicien a prévu l’objection et y a répondu. On sait que deux corps chargés de la même électricité se repoussent, tandis que deux courans de fluide électrique s’attirent lorsqu’ils se propagent dans le même sens, ainsi que l’a démontré notre immortel Ampère. Or M. Crookes a fait voir que deux courans de matière radiante qui se propagent dans le même tube et dans le même sens se repoussent : ils sont donc formés par un transport de matière électrisée, et l’un repousse l’autre parce que l’électricité est de même nom. On sait aussi que, dans des espaces où le vide est fait au degré extrême que l’on vient d’indiquer, l’étincelle électrique refuse de passer, tant il est vrai que l’électricité sous toutes ses formes est liée à la matière. On peut dire d’elle avec plus de raison. ce que Goethe a dit de la lumière :

… elle est engendrée par les corps,
Et avec les corps elle périra.

Mais quoi ! est-il permis d’admettre que ces tubes, épuisés à un millionième d’atmosphère, renferment tant de particules matérielles ? Oui, ils en contiennent un nombre tellement prodigieux que l’imagination en demeure confondue.