Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/717

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que par hasard, aux yeux de M. Jules Ferry, des hommes comme M. Nisard, M. Egger, M. Dumas seraient moins compétens, ou bien auraient-ils le désavantage d’être plus indépendans ? Si M. le ministre de l’instruction publique sent le besoin d’avoir auprès de lui un conseil spécial, permanent, il n’a point à innover, il a déjà un comité dont il peut se servir, qui peut lui prêter ses lumières. Où donc est la raison sérieuse de dénaturer une grande institution, d’exclure les hommes les plus savans, les plus expérimentés d’un conseil qui n’a pas seulement à traiter des questions de vers latins, qui a souvent aussi à prononcer sur des points de droit, sur les affaires les plus délicates, — qui n’a pas seulement à s’occuper des écoles de l’état, qui couvre aussi de son impartialité l’enseignement libre ? On ne voit vraiment pas quel profit il peut y avoir à spécialiser le gouvernement de l’instruction publique en le découronnant, et en quoi l’état peut se sentir amoindri parce qu’il est entouré de personnes éminentes qui, par leur origine, par leur position, représentent, sous toutes les formes, la sollicitude sociale pour l’éducation de la jeunesse française ? Volontairement ou involontairement, M. Jules Ferry est un rétrograde ; il revient en arrière, il se croit encore au temps où l’université était un monopole ; il est la dupe de cette idée tout impériale que l’état a seul la mission de façonner la jeunesse, de la marquer à son effigie tour à tour républicaine ou monarchique. Il ne voit pas que tout a marché depuis un demi-siècle, que la société elle-même s’est transformée, que la liberté de l’enseignement consacrée par les lois est passée dans les mœurs, et que l’université nouvelle, la vraie université intelligente, savante et active, est là première à ne plus vouloir d’un monopole parce qu’elle se sent de force à remplir sa fonction dans la liberté.

En réalité, on le sent bien, ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Le secret de toutes ces combinaisons, de celles qui touchent au conseil supérieur comme de bien d’autres, c’est la pensée de bannir, d’évincer de toute façon, par tous les moyens, tout ce qui représente une influence religieuse. Puisqu’il n’y a plus de banc des évêques au sénat, il ne doit plus y avoir non plus de banc des évêques dans le conseil de l’instruction publique, il ne doit plus y avoir nulle part une influence d’église. C’est devenu une idée fixe, une manie de poursuivre tout ce qui est religieux dans l’enseignement supérieur, dans les écoles primaires, dans la bienfaisance. Attendez encore un peu, on effacera du programme des plus simples écoles toute instruction religieuse. La république ne sera en sûreté que le jour où tout sera laïque, l’enseignement de l’alphabet, le secours donné à un pauvre et le soin donné aux malades ! Il faut bien, dit-on, que la société civile issue de la révolution française défende sa liberté et son indépendance contre les usurpations, contre toutes les influences qui l’assiègent et la menacent, que l’état moderne, l’état laïque reste maître souverain, dans son domaine ! On croit avoir tout dit avec quelques déclamations retentissantes qui finissent par devenir banales. Eh ! sans