Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/890

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Narbonne, la petite mer intérieure qu’on appelle l’étang de Thau, — ou les graus navigables qui se trouvaient au sud de Montpellier.

La création du port de Cette, en 1666, décida la question ; et le canal de Languedoc, tel que nous le voyons aujourd’hui, fut définitivement arrêté par Colbert. Celui de Beaucaire à Aigues-Mortes se présentait dès lors comme son prolongement naturel jusqu’au Rhône. Quel que fût l’épuisement des ressources du pays, les moyens financiers étaient toujours les mêmes ; on eut recours à une augmentation de taxe sur les sels, on accorda des privilèges et la cession des terrains riverains aux entrepreneurs du canal. Il ne devait en coûter au roi, suivant l’expression pittoresque de Riquet, que « des parchemins et de la cire, » — et le canal fut décidé.

Les propositions du maréchal de Noailles furent donc rapidement acceptées. Un arrêt du conseil, en date du 29 mars 1701, ordonna que les communautés ecclésiastiques et laïques, et les seigneurs, propriétaires de marais, seraient assignés devant M. de Basville, intendant de la province ; et par lettres patentes du mois de janvier 1702, l’ancien commandant militaire du Languedoc fut solennellement autorisé « à faire dessécher tous les étangs, palus, marais, coustières, lais et relais de la mer, rivières, étangs et terres inondées du Bas-Languedoc, depuis Beaucaire jusqu’à Aigues-Mortes et à l’étang de Pérols, à faire un canal de navigation à travers les terres desséchées depuis Beaucaire jusqu’à Aigues-Mortes, à y établir des bateaux et recevoir les mêmes droits et péages établis au canal roïal de Languedoc. »

A partir de ce moment, le canal de Beaucaire à la mer entra dans sa période d’exécution. Mais les troubles religieux des Cévennes d’une part et les difficultés sans nombre que suscitèrent au maréchal les prétentions des propriétaires riverains, le contraignirent à abandonner bientôt son entreprise, qui passa tour à tour entre les mains de son fils, le duc de Noailles, puis du prince Charles de Lorraine, son allié, et enfin de plusieurs concessionnaires qui furent, les uns après les autres, subrogés aux mêmes droits, mais qui ne purent que commencer la longue et délicate procédure du bornage des marais à dessécher.

Découragés, ils demandèrent, en 1746, à être relevés de leur fardeau. Un arrêt du conseil du roi et des lettres patentes du 8 novembre 1746 accueillirent leur requête et transférèrent tous leurs droits aux états du Languedoc, qui demeurèrent alors chargés, moyennant la propriété de tous les marais, de l’entreprise du dessèchement et de la construction du canal de navigation. Le premier soin des états fut de terminer la procédure du bornage, et le volumineux recueil des lois municipales et économiques de Languedoc peut donner une idée de la quantité de titres et d’actes qu’il fallut