Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/926

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Behring où elle mouilla, le 14 août, devant une bourgade à la pointe ouest de l’île. Les habitans, au nombre de trois cents, sont des métis et forment un mélange de Russes et d’Aléoutes. Cette ville en miniature est une des stations de la compagnie américaine de pêche. Ce fut là que les voyageurs reçurent les premières nouvelles de la mère patrie. On devine avec quelle ardeur elles furent dévorées !

On sait que l’île de Behring est possession russe, mais une société américaine s’est acquis, moyennant une redevance de 2 roubles par peau, le droit d’acheter aux habitans toutes les fourrures qu’ils pourront se procurer, non-seulement dans l’Ile de Behring, mais encore dans celles de Kobber-Island et de Robben-Island, près de Sackalin. Dans celle-ci, on prend les lions de mer ; dans les deux autres des ours de mer également. « Nous vîmes, raconte M. Nordenskjöld, tuer quelques-uns de ces animaux sous nos yeux. Après avoir traversé l’île en traîneau, avec le lieutenant Bove, nous descendîmes sur une plage où ces amphibies se trouvaient en nombre considérable. Les chasseurs, armés de bâtons, poussèrent les plus proches vers la terre, puis, le chef de l’équipe ayant fait choix d’une victime, il lui asséna sur la tête un fort coup. Elle s’affaissa, et c’est alors qu’un second chasseur lui enfonça son bâton dans la gueule en lui maintenant la tête contre terre, tandis que d’autres bouchers, retournant l’ours sur le dos, l’achevaient d’un coup de couteau au cœur ». On en tua six ainsi ; leurs peaux furent apportées sur la Véga, qui, le 19 août, levait l’ancre, se dirigeant au sud, c’est-à-dire vers le Japon. Le voyage se fit relativement assez vite, un vent égal et continu ayant soufflé jusqu’à la fin du mois. Le temps changea pourtant, et, le 31, de fortes nuées orageuses passèrent sur le vaisseau ; la foudre tomba sur le mât de perroquet, mais sans faire de grands dommages. Enfin, vers le soir du 2 septembre 1879, la Véga jetait l’ancre dans la baie de Yokohama. Le Japon était la terre promise de l’expédition ; on peut se figurer avec quelle joie elle en aperçut, se détachant sur un ciel d’azur, les pittoresques montagnes.

Dès le 3 septembre, M. Nordenskjöld envoyait de Yokohama le télégramme suivant au roi Oscar de Suède : « L’expédition suédoise offre ses félicitations à son auguste protecteur ; le but de son voyage est atteint : le passage nord-est est trouvé, un nouvel océan est ouvert sans perte d’un seul homme, sans aucune maladie et sans une avarie pour le navire. »

Ainsi s’est terminé ce voyage surprenant, vainement tenté déjà seize fois. Quel sera le résultat pratique qui couronnera cette expédition ? Nul ne le sait encore, mais nous savons que des bateaux