Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 39.djvu/484

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visible, il a dû éprouver quelque mauvaise humeur de se voir subitement déconcerté dans se’^ plans par les élections anglaises.

C’est une déception de sa diplomatie, et d’un autre côté, à l’intérieur, il n’a pas eu moins de mécomptes et d’ennuis irritans. Depuis quelque temps, le parlement se montre assez peu favorable à tout ce qu’il propose et se livre à une guerre qui, pour être une guerre de détails, n’est pas moins cuisante. Le parlement a repoussé ses propositions de colonisation allemande aux îles Samoa. Le parlement s’est opposé d’avance à l’ét blissement du monopole du tabac, qui est une des parties de son système financier. Voici maintenant qu’un conflit plus vif s’est déclaré sur un point délicat, à propos du port franc de Hambourg que le chancelier veut introduire dans la zone douanière de l’empire et qui résiste à l’annexion. Entendons-nous. Selon la constitution même de l’empire, Hambourg, comme Brème, a gardé ses droits de ville libre et de port franc. M. de Bismarck n’attaque pas la position de haute lutte, de front, mais il la tourne en annexant à la zone douanière Altona, qui louche à Hambourg, un quartier qui appariient à Hambourg, de telle sorte que la ville libre cernée de toutes parts, réduite à des franchises stériles, n’aurait plus qu’à rendre les armes en demandant à être elle-même annexée. La question s’est présentée devant le Reichstag à propos de l’acte de navigation de l’Elbe et d’une convention commerciale signée avec l’Autriche. Le gouvernement ne reconnaît pas au Reichstag le droit constitutionnel de se prononcer sur un point qui, selon lui, serait du ressort exclusif du conseil fédéral ; le Reichstag a maintenu ses prérogatives, les droits de Hambourg ont trouvé de vifs défenseurs, et ce qu’il y a de plus curieux, c’est que dans ces débats un des principaux adversaires des projets du gouvernement a été un des anciens collaborateurs du chancelier, M. Delbruck. C’est justement à cette occasion que M. de Bismarck a cru devoir intervenir et qu’il a exhalé ses plaintes non-seulement contre Hambourg, qui vient d’élire un socialiste au parlement, mais contre toutes les oppositions, contre tous ceux qu’il accuse de lui créer des embarras.

Non, assurément, M. de Bismarck n’a plus l’humeur joviale et confiante. Il a des griefs contre tout le monde. Il n’est pas content de M. Delbruck, qui, après avoir été à côté de lui un des premiers fonctionnaires de l’empire, un de ses collaborateurs, combat ses projets. II n’est pas content des nationaux-libéraux, qu’il raille volontiers, qui, après avoir été longtemps ses complices, ont refusé de l’accepter aveuglément pour guide, de le suivre jusqu’au bout dans sa campagne réactionnaire de l’an dernier. Il n’est pas non plus content du centre catholique, de qui il espérait mieux et à qui il avait donné aussi des espérances, qui l’a soutenu de ses votes pour les mesures contre les socialistes, pour le rétablissement de la protection commerciale, mais qui depuis quelques mois s’est tourné contre lui dans l’affaire des îles