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une insurrection à Lyon, qui échoua par une accumulation d’inepties. Il avait préparé le décret qui prononçait l’abolition de l’état. Mais, comme le dit son adversaire Marx, deux compagnies de garnies nationaux bourgeois suffirent pour le remettre vivement sur la route de Genève. Dans une brochure intitulée Lettres à un Français (septembre 1870), il expose le programme d’action qu’il aurait voulu voir adopter par les révolutionnaires en France et que la révolution du 18 mars devait en effet suivre à la lettre. Voici les points principaux de ce programme : « La capitale insurgée se constitue en commune. La fédération des barricades se maintient en permanence. Le conseil communal est formé de délégués, un par barricade ou par quartier ; députés responsables et toujours révocables. Le conseil choisit dans son sein des comités exécutifs séparés pour chaque branche de « l’administration révolutionnaire de la commune. » — La capitale déclare que, tout gouvernement central étant aboli, elle renonce à gouverner les provinces. Elle invitera les autres communes urbaines et rurales à se réorganiser révolutionnairement et à envoyer dans un endroit désigné des délégués avec mandat impératif et révocable, pour constituer la fédération des communes autonomes et organiser la force révolutionnaire nécessaire pour triompher de la réaction. Cette organisation n’est pas limitée au pays insurgé. D’autres provinces ou d’autres pays peuvent en faire partie. Les communes qui se prononceront pour la réaction en seront exclues. »

Sauf ce dernier point, négation du principe des nationalités, ce facteur des unités ethnographiques, qui, loin d’être arrivé au terme de ses conséquences, est en pleine activité aujourd’hui, le régime proposé ici par Bakounine n’est autre que celui qui est en vigueur en Suisse et aux États-Unis. Par un singulier retour, les révolutionnaires actuels veulent pousser jusqu’au morcellement de la patrie, le fédéralisme, ce crime contre « la France une et indivisible » qui a fait envoyer les girondins à l’échafaud.

En 1872, comme nous l’avons vu, Marx fit expulser Bakounine de l’Internationale. L’année d’après, quand la Fédération du Jura eut constitué une nouvelle association universelle, il se retira de la vie militante et vécut près de Locarno, dans une villa que ses ennemis disaient bien luxueuse pour un si farouche adversaire de l’inégalité. Sa santé était fortement ébranlée. Venu à Berne pour se faire soigner par son ami le docteur Vogt, il y mourut le 2 juillet 1876. Ses écrits sont peu nombreux et peu importans. Les deux principaux sont intitulés : l’Empire knouto-germanique et la Révolution sociale et la Théologie politique de Mazzini et l’Internationale. Comme tous les apôtres, c’est par la propagande orale, par