Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 42.djvu/961

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peut-être de peu durable dans une situation où les assemblées sont sans direction, où le gouvernement est sans autorité, et où, à chaque instant, pour dire le vrai mot, une certaine médiocrité turbulente et impuissante tend à tout rabaisser et à tout paralyser.

La république est incontestée, c’est entendu ; elle n’a rien à craindre de ses adversaires, elle est absolument aux mains de ceux qui prétendent en garder le monopole, et c’est précisément depuis que le règne des républicains exclusifs s’est affirmé, c’est surtout depuis quelque temps que nous revenons par degrés à cet état particulier où l’on recommence à dire que décidément les affaires ne marchent pas, que gouvernement et majorité ne sont pas à la hauteur des circonstances. Effectivement, l’expérience n’est pas des plus heureuses, et la meilleure preuve qu’il y a un malaise intime, profond, universel, c’est que dans le sein même du parti républicain on en est venu bientôt à chercher comment on pourrait sortir d’une confusion croissante. On a cru trouver dans une réforme électorale, dans la proposition de substituer le scrutin de liste au scrutin d’arrondissement le moyen le plus efficace pour redresser une situation faussée, pour relever la vie publique par le renouvellement de la majorité, du personnel parlementaire. Ce qui arrivera de cette proposition dont M. Bardoux a pris l’initiative et qu’il a appuyée de considérations aussi justes que mesurées, on ne le voit pas bien encore. Elle n’a pas trouvé d’abord dans la chambre un accueil fort empressé, et c’est tout simple, puisqu’elle menace précisément une foule de médiocres importances qui encombrent aujourd’hui la politique, qui se sentent intéressées à défendre le petit royaume électoral où elles se sont établies. Depuis le premier moment, l’impression a paru redevenir plus favorable, la proposition de M. Bardoux a repris quelque avantage, et il est certain que, la situation étant donnée, dans les circonstances présentes, le scrutin de liste, en dégageant un peu les élections des influences locales et personnelles, pourrait contribuer à relever l’importance de l’assemblée prochaine, à lui inculquer un esprit nouveau. Après cela. il ne faut pas évidemment s’y tromper, ce n’est qu’un palliatif. Le mal n’est pas dans le mode d’élection, il est tout entier dans une politique qui depuis quelque temps sème l’irritation, divise la France au nom d’un parti, et qui, en divisant la France, tend à rétrécir sans cesse le terrain où la république aurait pu se fonder avec le concours de tous les esprits éclairés comme avec l’assentiment paisible de la nation.

Au moment ou s’agitent tant de problèmes qui ne seront pas de sitôt résolus, la mort vient de frapper la femme qui a porté le nom du premier président et on peut bien dire du fondateur de la république nouvelle. Mme Thiers vient de s’éteindre dans un âge peu avancé. Pendant plus de quarante ans, elle avait été associée à l’existence d’un homme qui a été une des lumières, une des puissances de son siècle,