Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 44.djvu/399

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au continent américain, dans l’est, on compte 1,200 lieues; dans le sud, quelques îlots déserts, la mer libre et le pôle.

Aucun océan ne présente d’aussi vastes solitudes. Les jours, les semaines s’écoulent sans que le navigateur relève une terre à l’horizon. Entre ces archipels affleurent çà et là quelques athols, îlots madréporiques que des insectes invisibles édifient patiemment, gagnant quelques pieds en des siècles, poursuivant silencieusement une œuvre mystérieuse et confondant l’imagination par le calcul des temps qu’il a fallu pour dresser du fond de l’océan ces inébranlables assises qui défient les efforts des flots et lentement s’exhaussent. A ce travail continu des infiniment petits de la création se joignent les efforts puissans des plus effrayans phénomènes naturels. Par un étrange contraste, les volcans créent en quelques heures ce que des insectes édifient en des siècles. Les archipels du sud aussi bien que ceux du nord sont d’origine volcanique, et l’on peut suivre d’une île à l’autre les phases diverses de cette création, depuis celles où les éruptions sévissent encore jusqu’à celles où la lave, désagrégée par l’action continue des pluies et du soleil, s’est convertie en un sol fertile que recouvre une exubérante végétation.

Ces archipels sont-ils les cimes d’un continent englouti ou bien les assises récentes d’un continent naissant? La première supposition a rencontré de nombreux adhérons. Nous n’hésitons cependant pas à nous prononcer pour la seconde. Un séjour prolongé dans l’Océanie nous a permis de constater la marche régulière des phénomènes volcaniques, de les étudier de près et de noter l’accroissement constant des îles où ils se produisent. Pour être plus lent, le développement des athols n’en est pas moins soumis à des lois invariables. Dans l’archipel madréporique des Pomotou, des groupes d’îlots nouveaux apparaissent, et il n’est pas douteux que dans un avenir éloigné ces îlots ne se soudent et ne forment une seule île.

C’est surtout dans l’archipel des Sandwich, où le plus grand volcan connu, celui de Kilauea, est en pleine activité, que l’on peut suivre les phases diverses de la création volcanique. Chaque année la grande île de Havaï gagne sur l’océan, dont elle repousse les flots, élargissant sa ceinture de récifs et projetant au large ses puissantes coulées de lave, véritables fleuves de feu et de matières incandescentes. Nous avons vu, lors des grandes éruptions, des torrens de lave qui mesuraient près de 3 kilomètres de large, descendre des flancs des montagnes, comblant les ravins et les vallées, plongeant dans la mer avec le sifflement d’une barre de fer rouge, la refoulant lentement, accumulant les scories jusqu’à une hauteur de 300 mètres et formant un cap noir et menaçant là où peu de jours avant se creusait un golfe profond. On ne peut, sans y avoir