Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 44.djvu/406

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doute lorsqu’ils connaîtront toute la vérité, lorsqu’ils auront sous les yeux le tableau des intrigues mises en jeu pour rendre illusoire le protectorat de la France, lorsqu’ils verront que, si je laissais subsister le pavillon couronné que l’on avait fait hisser par Pomaré, l’autorité protectorat eût été plus tard un pouvoir subalterne aux yeux des étrangers, hérissé de difficultés et d’embarras pour la France, dont le gouvernement n’eût pas tardé à se fatiguer. Ils reconnaîtront enfin, je l’espère, que dans une position aussi difficile qu’inattendue, livré à moi-même à 4,000 lieues de France, je ne pouvais agir autrement sans forfaire à l’honneur et sacrifier indignement les intérêts du roi et du pays. »

« On a dit que j’ai outre-passé mes instructions ; mais Votre Excellence sait fort bien que je n’en avais d’aucune espèce, et je n’ai donc pu les suivre et encore moins les outre-passer. Je n’avais pour guide que cet invariable et antique mandat de tout chef d’escadre : protéger les intérêts français, et faire respecter notre pavillon. Je m’y suis religieusement attaché et je n’en ai point forcé l’interprétation; dans l’isolement où je me trouvais, pour bien me pénétrer des intentions du gouvernement, je priai M. le commandant Bruat de me communiquer ses instructions, qu’il mit officieusement à ma disposition pendant trois heures.

« La lecture de ces documens m’apprit le regret éprouvé par le gouvernement de ce que je n’eusse pas mis d’abord le pavillon français au lieu du pavillon du protectorat; je crus dès lors remplir ces instructions en mettant à profit des circonstances que l’intrigue et la mauvaise foi avaient fait naître pour prendre mon premier arrêté par lequel j’ai placé le pavillon français sur tous les points de protection et de défense des îles de la Société et réservé le pavillon du protectorat pour tous les monumens civils d’un usage commun; j’ai suivi en cela la pratique observée par les Anglais à Corfou et dans les îles Ioniennes. »


II.

La question religieuse compliquait singulièrement la question politique. Le 4 mars 1797, les premiers missionnaires protestans avaient débarqué à Tahiti et commencé, dans des conditions exceptionnellement favorables, leur œuvre de propagande religieuse. En 1798, cinq nouveaux missionnaires anglais étaient venus les rejoindre, huit autres arrivaient en 1801. En 1805, ils adoptaient, d’accord avec Pomaré II, l’alphabet tahitien et faisaient imprimer à Londres le premier livre destiné aux écoles, dont le nombre croissait chaque année. Des résistances partielles, des révoltes locales entravaient,