Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 44.djvu/484

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de richesse qui se manifeste sous toutes les formes. Tout ce qui est civilisation matérielle a un prodigieux éclat aux États-Unis. En est-il de même de ce qu’on peut appeler la civilisation morale et intellectuelle ? Il est certain qu’il reste beaucoup à faire, et M. Garfield, dans son discours, n’hésite pas à signaler un phénomène singulier, une sorte de décadence de l’enseignement. Le fait est étrange au milieu du déploiement d’activité qui caractérise les États-Unis, et il serait sans doute curieux à étudier dans ses causes. Il existe dans tous les cas. M. Garfield le signale en insistant sur la nécessité de chercher un remède au mal. C’est là un des objets que peut se proposer la présidence nouvelle. M. Garfield, d’ailleurs, dès sa prise de possession, s’est hâté de former son cabinet avec M. Blaine, M. Windovi^, M. Lincoln, M. Hunt, M. Kirkvi^ood. Le nouveau secrétaire d’état, M. Blaine, aujourd’hui sénateur pour le Missouri, est depuis longtemps l’ami de M. Garfield. Avec les hommes qui entrent au pouvoir, la république américaine ne change pas de politique ; elle reste dans les mêmes voies, accoutumée à compter avant tout sur elle-même, sur sou infatigable activité, pour garder et étendre sa puissance.

Que sont cependant ces faits de la vie de tous les jours dans quelques-uns des plus grands états de l’ancien ou du nouveau monde auprès de la tragique et foudroyante catastrophe qui vient d’éclater en Russie ? Hier même, l’empereur Alexandre II, revenant d’une parade militaire et rentrant au paiais d’hiver, a été la victime d’un épouvantable attentat. Des bombes explosibles, lancées au passage de sa voiture, l’ont atteint mortellemt : nt, lui et quelques personnes de sa suite et des soldats de son escorte. Il a succombé peu après aux blessures qui l’avaient mutilé. Voilà donc le dernier mot, le sinistre dénoûment de la lutte engagée depuis quelques années par une poignée de conspirateurs sanguinaires contre un souverain dont le règne, fécond en agitations et en événemens de plus d’un genre, a été du moins marqué pour la Russie par l’émancipatioii des serfs ! De tels attentats, faits pour exciter une répulsion universelle, doivent particulièrement révolter les esprits libéraux jaloux de dérober les causes libérales et nationales à toute solidarité avec le crime. Ce que sera le règne du nouvel empereur Alexandre III, qui vient de ceindre la couronne sous de si sombres auspices, nul ne peut le dire, ni même le prévoir. Le jeune tsar est certainement entouré de périls. Il n’a pas encore eu l’occasion de montrer ce qu’il est et ce qu’il peut ; il reste à l’improviste avec la tâche laborieuse de défendre à l’intérieur un pouvoir toujours menacé en maintenant la position de la Kussie en Europe.

Cu. DE Mazadb.