Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 44.djvu/715

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l’histoire et de la politique à sa manière ; il parle souvent avec éloquence, toujours avec feu, et quelquefois avec une liberté de langue plus que singulière, avec un goût plus que douteux. Qu’avait-il besoin l’autre jour, pour charmer son auditoire, de laisser échapper cette phrase passablement baroque sur le consulat, — le consulat de Bonaparte, — venant « resserrer le carcan dans lequel râlait déjà la liberté du travail ? » Si la liberté du travail et de tout le reste en était déjà à râler, ce n’est donc pas le consulat qui l’a détruite ! Est-ce là ce qu’a voulu dire M. le président de la chambre des députés ? Voilà où conduit la tyrannique passion de la phrase et de la déclamation. M. Gambetta aurait pu certes se dispenser aussi de parler en détracteur frivole, à propos de liberté, des « restaurations d’ancien régime ou de l’équivoque sans nom d’une monarchie bâtarde, » des « ruses, » des « atermoiemens » et des « dénis de justice » de ces gouvernemens d’autrefois. Si c’est là tout ce qu’il sait des trente-quatre années de monarchie constitutionnelle que la France de ce siècle compte dans son histoire, il peut, quand il le voudra, recommencer ses études. Il y trouvera son profit et il pourra faire profiter la république des lumières nouvelles qu’il aura recueillies. Il y gagnera surtout d’apprendre par plus d’un exemple ce que c’est qu’une politique sérieusement libérale, ce que c’est aussi que ce régime parlementaire dont on parle sans cesse en le comprenant et en l’appliquant, justement à l’heure qu’il est, d’une si étrange manière.

Le malheur de M. le président de la chambre des députés est de ne pouvoir se défendre de certaines intempérances, même quand il veut être modéré, de rester un homme de parti exclusif, même quand il veut, comme il le dit, ouvrir la république, et de déguiser souvent sous la pompe du langage, sous une apparence de politique nouvelle, des banalités qui sont de tous les temps. C’est là précisément une fois de plus le caractère de ces discours par lesquels M. le président de la chambre vient de rentrer bruyamment dans l’action en prenant en quelque sorte position en face ou à côté du gouvernement. Il y a un peu de tout dans ces discours. Assurément, à travers bien des licences de langage, il y a des intentions habiles, des vues justes, une certaine mesure de raison politique. M. Gambetta n’hésite pas à s’élever contre toutes les idées chimériques, contre les sophismes socialistes et révolutionnaires. Il met tout son tact à démontrer que la république, en trouvant appui dans le pays, dans le monde des affaires, a contracté l’engagement d’être « une république légale, ordonnée, sage, exempte d’agitations et de soubresauts, parfaitement régulière, respectueuse de tous les intérêts légitimes… » Il trace avec autant de fermeté que de justesse la voie qu’il y aurait à suivre, en ajoutant : « Nous faisons de la politique avec le bon sens moyen de la France. Nous faisons de la politique non-seulement pour un point du territoire, mais pour l’en-