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l’ancien fusil à mèche. Il est des corps d’élite, peut-être cinquante mille hommes au plus, armés de fusils à tir plus ou moins rapide, manœuvrant très bien à l’européenne, et cela au commandement d’officiers chinois.

Depuis trois ans, les instructeurs étrangers ont reçu leur congé ; l’un de nos amis, qui vient d’assister à Canton au spectacle d’une revue de troupes disciplinées à l’européenne, nous affirme qu’il a été émerveillé de ce qu’il y a vu. Mais le noyau de l’armée chinoise, d’où sortira dans un avenir une force redoutable, est à Pékin. C’est la garde qui, au nombre de dix-sept mille hommes, est chargée de protéger l’empereur et la résidence impériale. Cette troupe choisie est divisée en six bataillons, dont quatre sont armés de fusils se chargeant par la culasse, et deux de « fusils à mèche. » On sait, sans doute, qu’il faut deux hommes pour manœuvrer ces armes à mèche : l’un pour les porter, l’autre pour les pointer et y mettre le feu. C’est une heureuse chance si, au sixième coup, ces fusils étonnans n’éclatent pas et ne tuent pas raide leurs porteurs.

Il est difficile de savoir avec exactitude quelles sont les forces navales de la Chine; cependant nous croyons peu nous tromper en avançant qu’elle peut disposer de douze grands bateaux à vapeur de guerre, de trois frégates et de quinze canonnières. A Canton, il y en a dix de celles-ci. A l’abri des forts de Taku, on peut voir la flottille des canonnières anglaises, dite « la flotte alphabétique, » parce que chacune des canonnières porte le nom d’une lettre de l’alphabet grec. La Chine n’a pas de vaisseau cuirassé, et cette grave lacune dans son armement lui a été fatale à l’époque où les Japonais sont venus la braver à Formose et aux îles Liou-Chou. Ce colossal empire chinois, tenu en échec en raison d’une infériorité d’armement par son vaillant petit voisin le Japon, est un fait bien digne d’être médité. On nous assure qu’il se construit actuellement sur divers chantiers d’Europe des vaisseaux destinés à combler ce vide important.

Pendant que l’Empire-Céleste était dans la fièvre de ses armemens, Li-Hung-Chang reçut la visite d’un de ses anciens amis, le colonel Gordon, officier anglais d’un grand mérite. A l’époque de la révolte des Taïpings, le colonel Gordon avait pris du service dans l’armée impériale et il avait puissamment contribué à la défaite des rebelles. Ses conseils pouvant être encore utiles à la Chine dans la nouvelle crise qu’elle traversait, il était venu voir par lui-même dans quel état se trouvaient les armemens et formuler, après mûr examen, une opinion qui devait avoir un grand poids à Pékin. Le colonel anglais conseilla la paix, mais il vit les Chinois tellement