Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 44.djvu/961

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armée. Maintenant quel est l’objectif réel de l’action qui commence ? Que va-t-on faire ? Tout dépend sans doute des circonstances, qui peuvent simplifier ou compliquer nos opérations. Pour le moment, à ce qu’il semble, il s’agit avant tout d’une répression complète et décisive des turbulentes tribus de la frontière, non d’une guerre contre la régence elle-même, et notre gouvernement, en notifiant à Tunis l’entrée prochaine de notre armée sur le territoire de la principauté, a cru devoir inviter le bey à joindre ses forces aux forces françaises. C’était l’offre d’une alliance qui aurait peut-être tout simplifié ; mais le bey, au lieu d’accepter la coopération à laquelle on le conviait, s’est répandu en protestations, en circulaires, faisant appel à toutes les puissances, à la Porte ottomane elle-même, suzeraine nominale et lointaine de la régence. En un mot, le bey a répondu sinon par une déclaration de guerre ou de solidarité avec les Khroumirs, du moins par des manifestations d’hostilité passive contre nous. Il se peut qu’en agissant ainsi il ait cédé à un premier mouvement et qu’il revienne sur sa décision à mesure que se dessinera l’expédition française ; il se peut aussi qu’il cède jusqu’au bout aux conseils de résistance qui l’assiègent. C’est après tout son affaire. Quant à l’appel qu’il adresse aux puissances, il a certainement peu de chance d’être entendu, parce que la France marchant avec ou sans le bey ne touche à aucun droit de l’Europe, parce q-velle ne poursuit d’autre conquête que celle de l’inviolabilité de nos frontières, de la sécurité de nos intérêts, de garanties positives d’influence sans lesquelles nos possessions africaines peuvent être incessamment menacées.

L’intention de ceux qui ont poussé le bey à protester devant les puissances et devant la Porte est bien visible. Ils espèrent faire de cette question de Tunis une question européenne, compliquer un conflit local et militaire d’un conflit général et diplomatique, lier la position de la régence à ce qu’on appelle l’intégrité de l’empire ottoman. Ils se trompent vraisemblablement sur les vues et les dispositions de la plupart des puissances. La Russie, siirtout à l’heure qu’il est, n’est certes nullement pressée de se mêler des affaires de Tunis. L’Autriche n’y est pas plus intéressée. L’Allemagne, autant qu’on en puisse juger par ses déclarations et mêioe par ses intérêts, voit sans ombrage, plutôt avec plaisir, l’activité française se tourner vers l’Afrique. Si, d’un auîrecôté, il est une puissance qui ait touie sorte de raisons de n’être pas surprise de ce qui arrive, c’est à coup sûr l’Angleterre, après les conversations échangées il y a trois ans à Berlin entre M. de Bismarck, lord Beaconsfield, lord Salisbury et M. Waddington. On connaît aujourd’hui cette dépêche qui était faite pour être lue, remise au ministre des affaires étrangères de France et où lord Salisbury disait : « L’Angleterre n’a dans cette partie du monde aucun intérêt qui puisse d’une manière quelconque l’induire à regarder avec méfiance l’accroissement légitime de