Page:Revue des Deux Mondes - 1881 - tome 46.djvu/167

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’avenir que leur réserve le bill, eussent voulu eux aussi que la nouvelle loi reconnût au landlord le droit d’exiger des tenanciers ou de l’état le rachat immédiat de ses terres. C’eût été assurément le moyen le plus rapide de mettre fin aux relations compliquées du tenant-right, mais le gouvernement n’est pas disposé à entrer dans cette voie. Il a refusé de contraindre le tenancier au rachat, comme il avait refusé de contraindre le landlord à la vente. Peut-être aussi le cabinet craindrait-il d’engager dans une trop forte proportion les finances de l’état. Quoique le trésor n’offre aux tenanciers pour l’acquisition du sol qu’un concours éventuel et partiel, des appréhensions plus ou moins sincères se sont fait jour à ce sujet dans le parlement. Un membre de la chambre des communes, sir John Hay, si je ne me trompe, a calculé que les avances auxquelles l’état pourra être appelé par les tenanciers pourraient s’élever à plus de 200 millions de livres, soit à plus de 5 milliards de francs et que, pour transformer en propriétaires libres les quatre cent mille tenanciers de l’Irlande, il faudrait en outre débourser plus de 1 milliard et demi en achat de terres incultes.

Les partisans du bill ont, croyons-nous, raison de ne pas se laisser effrayer par de tels calculs. Le rachat des terres étant facultatif ne procédera probablement qu’avec lenteur, et peut-être un jour trouvera-t-on utile d’en hâter le progrès par quelques nouvelles mesures législatives. Le landbill de 1870 contenait, lui aussi, plusieurs clauses pour faciliter, avec le concours de l’état, la diffusion de la propriété en Irlande. Or, sous ce rapport, comme sur plusieurs autres, le bill de 1870 n’a pas donné tous les fruits qu’on semblait en espérer. Malgré les facilités qu’elle offre au tenant pour devenir pleinement propriétaire, la nouvelle loi laissera peut-être, elle aussi, plus d’une déception.

Une fois assuré, grâce au bill, de jouir tranquillement de son champ moyennant une faible redevance, il est douteux que le tenancier montre toujours beaucoup d’empressement pour acquérir, avec la pleine propriété du sol, le titre de free holder. Malgré tous les encouragemens du gouvernement, ces achats de terre par le tenancier semblent de voir rester peu nombreux ou ne de voir procéder qu’avec une grande lenteur. Une seule chose pourrait les hâter ou les généraliser, et cette chose, le gouvernement ne peut la souhaiter ; je veux parler des ennuis ou des embarras infligés aux propriétaires par le bill. A moins que les landlords ne soient contraints à céder leurs droits à vil prix, le tenancier sera peu enclin a payer de ses deniers la propriété d’une terre qu’il s’habituera de plus en plus à regarder comme sienne, et dont certains démagogues ne manqueront point de lui promettre l’acquisition