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VOYAGE EN SYRIE

IMPRESSIONS ET SOUVENIRS


VI. HARAM-ESCH-CHERIF.

L’église du Saint-Sépulcre n’est pas le seul monument de Jérusalem qui rappelle de grands souvenirs religieux. Bâtie sur le mont Moriah, à la place qu’occupait jadis le temple des Hébreux, la mosquée d’Omar est certainement un des lieux où l’humanité s’est rapprochée le plus près de la divinité. Elle a d’ailleurs sur le saint sépulcre l’avantage d’une authenticité incontestable. Tandis que le tombeau de Jésus présente tous les caractères d’un sanctuaire apocryphe, la mosquée d’Omar s’élève au contraire, on ne saurait en douter, sur la hauteur même où les Hébreux avaient placé le saint des saints. En passant d’une religion à une autre, de l’hébraïsme à, l’islamisme, le temple de Jérusalem a pu changer de forme, il n’a pas changé de destination. Le culte que les fidèles musulmans célèbrent sur le mont Moriah est, à le bien prendre, malgré les différences extérieures, le même culte que les Hébreux y célébraient autrefois. Le dogme de l’unité absolue de Dieu, création principale ; de la race d’Israël, a été porté par la race arabe au plus haut degré de précision. On prétend qu’en entrant à Jérusalem, Omar interdit aux Juifs la résidence de la ville : si le fait est vrai, ce qui est bien loin d’être prouvé, l’inconséquence du kalife était évidente. Un de ses premiers actes fut, en effet, d’ordonner la construction d’une mosquée sur l’emplacement du temple, afin de montrer qu’il venait renouer à Jérusalem la tradition strictement monothéiste que