Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/115

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son poing fermé vers son beau-père, un vieillard aux traits élégans et fins qui, en homme avisé, se tient derrière une porte bardée de fer, la main sur le loquet d’une lucarne entr’ouverte, hors des atteintes de ce terrible gendre et tout prêt à s’esquiver. L’action, on le voit, ne comporte pas grand intérêt, et la peinture, qui d’ailleurs a souffert, ne montre aucune de ces recherches de couleur, de lumière ou de sentiment, qui, par un admirable accord, se montrent parfois réunies dans certaines œuvres de Rembrandt, dans un soi-disant Portrait de Saskia, par exemple, qui à Berlin est son meilleur ouvrage. Commençons par dire cependant que nous ne pouvons y retrouver les traits bien connus de sa compagne, tels qu’il les a reproduits dans la consciencieuse image du Musée de Cassel. Elle est charmante, cette jeune femme au riche costume, avec son teint éblouissant, ses lèvres vermeilles et ce front pur sur lequel se jouent en gracieuses spirales quelques cheveux follets. Mais, toute vivante qu’elle est, elle semble bien une création du peintre plutôt qu’un portrait. Dans l’expression indéfinissable de son regard, dans la grâce attachante et mystérieuse de sa physionomie, il y a certainement quelque chose qui dépasse la simple représentation de la nature et que seul le génie de Rembrandt pouvait y ajouter

De beaux portraits de G. Flinck et de F. Bol, et celui d’un vieux savant à cheveux blancs attribué à N. Maes forment la meilleure part des œuvres des élèves de Rembrandt ; dans leurs compositions, au contraire, ils ont imité de trop près les procédés et jusqu’aux bizarreries du maître. Devant la sienne leur personnalité s’efface complètement. Mais si, comme eux, quelques-uns des contemporains de Rembrandt ont été à ce point dominés par son influence, l’école hollandaise, dans son ensemble, conserve en face de lui son originalité, et présente une très riche variété de talens ayant chacun sa valeur et son caractère propres. Terburg est l’un des plus exquis. A côté d’une Consultation datée de 1635, un de ses premiers ouvrages, voici plusieurs de ces petits portraits pour lesquels le peintre avait, de son temps, acquis une légitime réputation. Ce sont généralement des gens graves, les amis ou les alliés de Terburg, car celui-ci, à l’encontre de quelques-uns de ses confrères d’alors, était aussiun personnage et il devait lui-même exercer pendant plusieurs années les fonctions de bourgmestre de la ville de Deventer. Ce magistrat correct était, à l’occasion, le peintre de toutes les élégances. Son tableau de la Remontrance paternelle (bien qu’à certains égards inférieur à la répétition du Musée d’Amsterdam) suffirait à le prouver. La figure de la jeune fille vue de dos est d’une grâce extrême et la fameuse robe de satin blanc dont elle est vêtue est un prodige d’exécution. On connaît, au surplus, le tableau par la gravure de Wille, qui le premier a imaginé cette désignation, la