Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/127

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la perfection. Avec le XVe siècle commence, en effet, une période de fécondité et de travail qui, mieux connue aujourd’hui, a mis en lumière des noms qui méritent de vivre. A l’uniformité des premiers temps succède une riche variété de talens ; chacun marche de son côté, mais par ses découvertes chacun concourt à l’avancement de l’œuvre commune. Presque tous ces peintres sont ici représentés par d’importans ouvrages auxquels nous voudrions pouvoir nous arrêter plus longtemps. C’est Filippo Lippi qui, dans une Vierge en prières, ajoute à la douceur d’expression d’Angelico de Fiésole un dessin plus ferme, plus d’éclat dans le coloris et le charme d’un paysage plein de fraîcheur ; c’est Filippino, son fils, puis. Lorenzo di Credi avec une étrange figure de Sainte Marie l’Égyptienne ; après eux, Verrocchio et D. Ghirlandajo nous offriraient des questions d’authenticité assez délicates à résoudre, le dernier surtout qu’on a peine à distinguer des nombreux collaborateurs qu’il avait formés, de F. Granacci et de B. Mainardi par exemple, dont le musée de Berlin possède des portraits intéressans.

Comme beaucoup de ces artistes, comme son frère avec lequel on le confond souvent, P. Poilaiuolo commença par être orfèvre, et son Annonciation semble se ressentir de cette origine ; elle a l’éclat et la dureté de l’émail. Botticelli, son contemporain, s’il est plus effacé dans ses harmonies, mêle bien des étrangetés à son amour de la nature. Mais son maniérisme est involontaire, et il montre autant de sincérité que d’ardeur dans ses recherches. Sept tableaux de lui nous révèlent des aspects fort divers de son talent. Avec le portrait de la Belle Simonetta nous retrouvons un type de jeune femme que, bien souvent, Botticelli a introduit dans ses compositions. Sa beauté pourtant n’a rien de rare, et ce teint blême, ce visage triste et allongé, ces cheveux d’un jaune fade ne forment pas un ensemble bien séduisant. A côté, une Vénus et un Saint Sébastien attestent la conscience qu’apportait le maître dans ces études de nu, qui étaient alors une nouveauté. Il y a loin de ces imitations ingénues, — dans lesquelles les particularités, les singularités même que pouvait offrir chaque modèle ont été soigneusement reproduites, — à la largeur et au style que l’art italien apportera bientôt dans l’interprétation du corps humain. Mais ces scrupules, qui, chez les primitifs, ont du moins l’excuse et quelquefois même le charme de la sincérité, étaient nécessaires pour aboutir à la simplicité du grand art. Chez Botticelli lui-même on peut suivre les progrès du goût, et dans cette Vénus dont l’attitude ne manque pas de grâce, la couleur comme le dessin ont déjà plus d’ampleur et de distinction [1]. Le peintre a dû faire doublement

  1. Cette Vénus est une étude faite pour le grand tableau du musée des Offices.