Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/148

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terrains des diverses chaînes de montagne. La montagne de la Table, notamment, qui domine l’entrée de la baie du Cap, à une hauteur de 1,000 mètres environ, présente du côté de celle-ci une section verticale qui permet de reconnaître les diverses couches dont elle est formée. A la base, se montre le granit qui, comme on sait, est une roche primitive, l’assise même de la croûte terrestre, dont il représente en quelque sorte le squelette. C’est lui, qui en se décomposant sous l’influence de la chaleur et de la pression des vapeurs chargées de carbone qui constituaient l’atmosphère des premiers âges, a fourni la plupart des élémens des autres formations. Au-dessus du granit sont des schistes ardoisiers, puis des couches stratifiées de boue et de sable solidifiés qui forment la masse de la montagne. Les premiers sont inclinés, et montrent par là qu’ils avaient été déposés en poussière impalpable avant le soulèvement du granit ; tandis que les boues qui se sont solidifiées par assises horizontales de 600 à 800 mètres d’épaisseur prouvent un dépôt postérieur à ce soulèvement. Les autres chaînes de montagnes ont une composition identique, et, comme celle de la Table, ont émergé du fond des eaux avec l’ensemble du continent.

Ces dépôts, dont l’épaisseur peut donner une idée du temps qu’il a fallu pour les former, ont été pendant des milliers d’années soumis à l’action des courans sous-marins qui tantôt en ont balayé les matières, tantôt ont creusé des vallées ou élevé des montagnes au milieu de la masse, modelant ainsi dans les profondeurs de l’Océan le relief que nous avons aujourd’hui sous les yeux. Les diverses chaînes de cette partie de l’Afrique sont parallèles entre elles et parallèles à la côte ; elles sont séparées par des plateaux horizontaux qui s’étagent les uns derrière les autres. Les pentes vers la mer sont généralement abruptes ; elles sont plus douces sur le versant opposé et se relient graduellement au terrain plat de l’intérieur, qui est plus élevé que sur les côtes. Il est probable qu’il y existait autrefois un immense lac dont les eaux avaient leur issue par un des cols de la chaîne de montagnes qui lui servait de digue. Ces eaux, par leurs érosions incessantes, ont fini par détruire l’obstacle qui s’opposait à leur écoulement et se sont échappées en desséchant le bassin supérieur. Aujourd’hui une seule rivière, le fleuve Orange, suffit pour drainer les pluies qui y tombent et qui ne sont plus retenues par aucune barrière. C’est ainsi que dans l’Amérique septentrionale le seuil qui sépare le lac Erié du lac Ontario, entre lesquels se trouvent les chutes du Niagara, se rétrécit chaque année ; un jour viendra où les eaux emporteront cet obstacle devenu impuissant et se précipiteront vers la mer en laissant à sec les lacs supérieurs dans le bassin desquels le Saint-Laurent et ses affluens continueront à couler. En Finlande, une quantité innombrable de lacs, étages les uns