Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/162

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eut un dont la fumée fut entraînée à plus de 100 milles de distance et qui dévora toutes les forêts du Somerset. Les arbres furent absolument consumés et la belle vue dont on jouissait en descendant la vallée du Van-Staten fut perdue à jamais. La quantité de gibier détruite fut énorme ; les ponts sur la rivière furent brûlés et des villages eux-mêmes furent la proie des flammes. En 1869, un autre incendie, activé par un fort vent du nord-est et des chaleurs exceptionnelles, parcourut une étendue de 400 milles de longueur et de 15 à 150 milles de largeur. Des forêts, des récoltes, des villages furent détruits ; une grande quantité de bétail périt, et les habitans, pour échapper aux atteintes du feu, durent se réfugier dans le lit desséché de la rivière. De magnifiques forêts renfermant des arbres de 10 mètres de circonférence furent anéanties en quelques heures. L’imprudence d’un bûcheron en allumant sa pipe réduisit à la misère de nombreux fermiers, qui perdirent leurs bestiaux, leurs récoltes et leurs richesses.

Le déboisement de cette région a eu pour effet d’en augmenter la sécheresse. Dans la ville de Griqua, les fontaines qui fournissaient l’eau en grande abondance ont cessé de couler après la destruction d’un bois d’oliviers et des broussailles qui recouvraient les hauteurs voisines, parce que les réservoirs intérieurs n’étaient plus alimentés par les pluies, La disparition des forêts a été plus rapide dans ces dernières années que précédemment, d’abord parce que la race cafre a des habitudes de dévastation que n’avait pas la race hottentote qui occupait autrefois le pays ; ensuite parce que, le fer étant inconnu, les indigènes n’avaient pas de haches pour couper les arbres. Commencée par l’homme, la destruction se continue par les animaux ; des troupeaux de moutons broutent jusqu’à la racine les herbes et les broussailles et creusent par leur piétinement des sentiers par lesquels l’eau s’écoule sans pénétrer dans le sol.

En présence de ces faits multipliés, il est nécessaire que le pouvoir prenne des mesures pour maintenir les montagnes boisées, pour empêcher le gaspillage et la dilapidation des forêts ; pour arrêter les incendies et pour veiller à ce que la colonie ne se transforme pas en désert. Cette transformation ne sera sans doute pas absolument empêchée, puisque la principale cause du dessèchement est le soulèvement du continent, et contre cette cause la loi ne peut rien ; mais au moins peut-on faire en sorte que, par leur incurie, les habitans ne hâtent pas l’heure où cette partie de l’Afrique deviendra inhabitable. L’homme ne viole jamais impunément les lois de la nature et il est toujours la première victime des fautes qu’il commet.


J. CLAVE.