Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/194

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un autre parti. Catherine s’irrita d’abord, puis se voyant entourée déjà de pièges, elle s’adoucit ; elle n’échangeait avec Philippe que des lettres de pure courtoisie, mais elle écrivit à sa fille qu’elle n’eût point à s’inquiéter, que tout ce trouble de France dont on lui parlait ne venait « que pour la haine que tout ce royaume porte au cardinal de Lorraine et duc de Guise ; ils ne cherchent que leur grandeur et leur profit. » Ainsi, elle écarte les questions religieuses, elle ne répond pas, elle feint de ne pas comprendre ce que veut son gendre.

Catherine se flatta un moment de réconcilier les catholiques et les protestans sur le terrain théologique. Le dogme toutefois lui importait peu ; elle disait : « Qu’il était impossible de réduire, ni par les armes, ni par les lois, ceux qui sont séparés de l’église romaine, tant le nombre en est grand, tant il est puissant par les nobles et les magistrats qui ont embrassé ce parti. » A Poissy, elle trouva bon « que nos dictz prélats et évesques entrassent en quelque colloque gratieux avecq les ditz ministres sur les articles de leur dicte confession de foy. » Elle proteste avec énergie contre l’ingérence de Philippe dans les affaires du royaume. L’ambassadeur d’Espagne lui avait osé dire que Philippe « ne pouvoit, estant requis par aucuns de l’ancienne religion, de les assister à la manutention d’icelle, s’ils estoient contraincts, de s’eslever et prendre les armes pour cet effect, de les secourir et employer ses forces et sa puissance en leur ayde. » Catherine trouve cette proposition fort « estrange » et prie son ambassadeur de faire connaître à Philippe II qu’elle ne trouve pas bon que « ses ministres nous viennent brouiller nos subjectz. » Le colloque de Poissy tourna en vaines controverses, et la reine écrivit avec quelque tristesse à l’évêque de Rennes pour se plaindre que, du côté des ministres de l’église catholique, on n’avait rien obtenu « quant à ce qui touche leur grandeur et la pluralité de leurs bénéfices. » « Je ne nieray pas que je ne voie bien que en tout ce qu’ilz proposent il n’y a riens qui puisse pourvoir aux troubles que suscite en ce royaume la discencion et diversité de religion, qui est bien à mon grand regret ; et quand tout est dict contre l’espérance que aucuns d’eux m’en avoient donnée et ce que j’esperois de fruit d’une si notable et grande compaignie. » Sa correspondance la montre à ce moment de plus en plus effrayée d’une guerre avec l’Espagne et résolue à empêcher que ses sujets catholiques obtiennent des secours de Philippe II. Elle écrit elle-même au roi d’Espagne, et sur le ton le plus ferme, elle lui affirme qu’elle fera toujours grande différence entre ceux qui tiennent « notre bonne religion » et les autres qui s’en départent ; l’âge de son fils, les troubles du royaume, l’ont empêchée de faire connaître à tout le monde ce qu’elle a dans le