Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/329

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d’un exposé destiné à frapper l’esprit des députés. Quelques jours après la formation du cabinet du 12 mai, M. Dufaure déposa un projet qui consacrait 44 millions à l’amélioration des grands ports de commerce : Marseille, Le Havre et Calais, aussi bien que Nantes, Rouen et Bordeaux, étaient compris dans ce vaste plan. Depuis deux ans, un budget extraordinaire des travaux publics avait été créé pour offrir aux chambres les moyens de recourir à l’emprunt toutes les fois qu’une entreprise serait commandée par un grand intérêt national. A ses yeux, il n’en existait pas de plus impérieux que la protection du commerce maritime. A ceux qui l’accusaient d’avoir préparé avec une hâte fébrile un projet dont les chiffres paraissaient en ce temps hors de proportion, il répondit en discutant pied à pied, avec une compétence technique, les détails des travaux. La fertilité de ressources qu’il déploya dans les deux chambres pour assurer le vote de ce projet ne contribua pas dans une faible mesure à augmenter son crédit.

Toutefois, en présentant ce plan, il n’avait rien créé. Un problème bien autrement compliqué s’imposait à son examen, La construction des chemins de fer languissait. Deux ans avant les Anglais, nous avions ouvert notre première ligne dans le bassin houiller de Saint-Etienne ; puis, après dix ans de torpeur, se produisit, lors de l’ouverture de la ligne de Saint Germain, une période d’engoûment. L’agiotage compromit les nouvelles entreprises, que l’énormité mal prévue des dépenses acheva de décourager. Le ministre des travaux publics ne perdit pas une heure pour proposer aux chambres des mesures destinées à sauver les premières compagnies.

Au cours de la discussion, les systèmes les plus absolus se firent jour. Il se trouva des députés pour soutenir l’exécution et l’exploitation par l’état. Contre un tel abus de la puissance publique M. Dufaure se hâta de protester : « Il faudrait doubler les impôts, disait-il ; ils sont assez forts. N’allons pas tarir la source qui est entre les mains des contribuables ; laissons à l’action privée le soin de faire quelque chose ; ne « désoccupons » pas, si je puis parler ainsi, nos concitoyens ; laissons-leur les moyens en même temps que la responsabilité de faire quelque chose pour le pays. Ne prétendons pas tout donner à l’état. Je représente ici l’état, je ne l’oublie pas ; mais je ne veux pas qu’il ait la prétention de tout faire. J’appelle l’industrie privée à concourir avec lui. » (Discours du 6 juillet 1839.)

M. Dufaure avait entrevu des doctrines que son respect de l’initiative individuelle ne tolérait pas et il avait eu à cœur d’en faire justice ; mais il avait hâte surtout de marquer son passage aux affaires par un effort visible qui ranimât les courages. Il forma une