Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/423

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dada du docteur Roch, qui n’en était pas moins galant homme. Il y a aussi dans ce monde un ingénieur qui croit à l’atavisme et cherche parmi ses aïeux des originaux qui lui ressemblent, afin d’excuser ses fredaines. Il les trouve décidément, car on trouve tout ce qu’on veut. — A coup sûr, dit le docteur, parmi ses ascendans en ligne naturelle il y eut quelqu’un qui prit logement dans un hospice d’aliénés et qui a passé, avec armes et bagages, dans ce maniaque. — Il veut rire, sans doute, objecte Joachim. Il ne fait qu’exagérer certaines théories modernes qui ont beaucoup de vrai, mais rien de précis. — Tous les fous, riposte le docteur, ne font qu’exagérer des choses très sensées. » On voit que le bonhomme a du jugement, quand il n’est pas emporté par son dada.

M. Farina excelle surtout dans les scènes de famille. Son avant-dernier livre, Mio Figlio (Mon Fils), est un recueil de nouvelles qui se suivent : l’avocat Placide raconte l’histoire de son fils qu’il prend avant la naissance et qu’il conduit jusqu’au mariage, dans une succession de tableaux et de récits très vivans, d’une gaîté saine et d’une franche émotion. C’est de la poésie intime, domestique, celle que rêvait Sainte-Beuve et qu’avaient trouvée les Anglais avant la morale évolutionniste. Tâchons de reproduire, en l’abrégeant, la première de ces nouvelles : elle est intitulée : Prima che nascesse (Avant qu’il naquît).

« Nous ne l’attendions plus, nous ne l’avions jamais attendu, pour mieux dire. Nous nous étions mariés uniquement pour nous marier, sans rien voir au-delà, sans imaginer d’autre joie que d’aller bras dessus bras dessous, nous deux, dans la vie. Je dis nous, parce qu’Évangéline, elle aussi, m’aimait beaucoup, sans quoi elle n’eût jamais voulu être Mme Placide : c’est mon nom, ne vous déplaise. J’avais de plus et j’ai encore un prénom grotesque, Épaminondas. Elle l’abrège et m’appelle Onde. Quant à mon étude d’avocat, ce n’était encore qu’une bonne intention. Au retour du voyage de noces, nos parens, nos amis, tous ceux qui nous attendaient à la gare nous reçurent avec certains sourires qui m’auraient mis dans l’embarras si je ne m’étais pas préparé à m’en divertir. Mais mon Évangéline, pauvre femme, était sans défense, et plus je riais, plus elle rougissait. C’est ce que voulaient les parens et les amis ; on eût dit qu’il ne manquait plus rien à leur béatitude. — L’auras-tu ? l’aurez-vous ? » — Et ils regardaient ma pauvre femme dans les yeux, la soumettant à un interrogatoire plein d’allusions, puis tournaient leurs regards sur moi en se donnant l’air de complices… Mon beau-père, un petit homme vif et gai, ne faisait que tourner autour de sa fille en lui demandant : « Me l’as-tu apporté ? » — Comme si elle devait l’avoir dans sa malle ! Un professeur d’arithmétique, abusant de sa