Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/455

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Ouargla en chemin de fer. Dans quelques mois, la voie de Constantine à Batna sera ouverte ; dans deux ou trois ans, le chemin de fer de Batna à Biskra sera construit, et enfin les études de la ligne transsaharienne allant de Biskra à Tougourt et à Ouargla, sont assez avancées pour qu’on puisse admettre que, dans cinq ou six ans, il y aura une ligne non interrompue d’Alger ou de Constantine à Tougourt.

Pour donner une idée de la facilité que la création d’une voie ferrée donnerait aux transactions commerciales, il nous suffira d’indiquer le prix actuel des transports. Les transports se font à dos de chameaux. Or le poids le plus lourd que puisse porter cet animal disgracieux et utile est de 150 kilogrammes, et il ne peut faire plus de 40 kilomètres par jour. Ajoutons qu’il faut un chamelier, et qu’un conducteur de chameaux, si habile qu’on le suppose, ne peut guère conduire plus de cinq ou six de ces êtres indociles. Eh bien ! le prix minimum d’une journée de chameau est de 3 francs. Si la distance est, par exemple, de 400 kilomètres, il en résulte que le transport d’une tonne de marchandise coûtera 200 francs, somme énorme et bien supérieure le plus souvent, à la valeur même de la marchandise qu’on transporte. Il faut songer que nous ne tenons compte ici ni des difficultés de l’arrimage, ni des ennuis et des dépenses de toutes sortes que nécessite l’emploi du chameau. Ajoutons que ce prix de 3 francs par journée est à peine rémunérateur. Actuellement, pour la guerre de Tunisie, quantité de chameaux ont été réquisitionnés, et font les transports à raison de 3 francs par jour ; mais c’est à contre-cœur que les indigènes se livrent à ce commerce, et ils cherchent par tous les moyens possibles à soustraire leurs chameaux aux réquisitions de l’autorité militaire.

Supposons le transport d’une tonne de sel marin, par exemple. Elle paiera comme transport, de Batna à Ouargla, 200 francs. Et que de difficultés ! que de lenteurs ! Tandis qu’avec le chemin de fer, cette même opération s’effectuera presque sans frais.

Mais la démonstration des avantages d’un chemin de fer est inutile à entreprendre. Chacun sait là-dessus à quoi s’en tenir. La question est de savoir si le trafic sera suffisant pour couvrir, en tout ou en partie, les frais de l’exploitation. A coup sûr, s’il restait dans les limites actuelles, le trafic serait médiocre et peu rémunérateur. Un indigène à qui je demandais son opinion sur les marchandises du Sud me disait avec une naïve admiration qu’à Ouargla se trouvait un grand magasin rempli tout entier de cornes de gazelles. Il faudrait assurément songer à d’autres produits ; car les cornes de gazelles, si nombreuses qu’on les suppose, n’alimenteront pas le trafic d’un chemin de fer. Mais le chemin de fer qu’on va construire n’aura pas seulement pour objet de faciliter le trafic actuel, il fera naître un trafic qui n’existe pas. Il servira non pas seulement à développer le commerce, mais à le créer. Nos