Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/605

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exemples isolés, ou par les mœurs générales, nous dirions que parmi les ouvriers ce sont précisément les moins pauvres qui ont les familles les moins nombreuses.

A la vérité, ce qui importe avant tout, c’est la natalité des paysans. Sur les 37 millions de Français, il y a 25 millions de paysans, c’est-à-dire près des trois quarts. De là l’influence prépondérante de la fécondité des populations rurales sur la fécondité totale de la France. Dans les villes, — nous l’avons déjà dit et nous le répéterons encore, — la natalité est toujours faible, si on la rapporte au nombre des adultes ou mariables [1]. Par conséquent, si la natalité de la France diminue dans des proportions si inquiétantes, c’est surtout parce que les ménages de paysans ne sont plus aussi féconds qu’autrefois.

Ainsi, peu à peu, par des éliminations successives, nous arrivons comme dernière conclusion à celle-ci : La population de la France s’accroît très lentement, parce que les paysans abandonnent les campagnes, et parce que ceux qui restent ne veulent pas avoir de nombreuses familles.

Et pourquoi ? Parce que c’est une lourde charge d’avoir à nourrir 5, 6, 7 ou 8 enfans. Parce que le paysan, dégagé de toute considération sentimentale, est avant tout soucieux de s’épargner la misère et les excès de travail ; de se donner quelque bien-être, à lui-même et aux enfans qu’il a déjà, sans se préoccuper de ceux qu’il peut avoir ; parce qu’une nombreuse famille, pour un petit propriétaire ou un ouvrier de la campagne, c’est presque la misère ; parce que le morceau de terre, qui suffit à grand’peine à la vie de quatre personnes, ne suffirait pas à la vie de huit personnes ; parce qu’il serait cruel de ne rien laisser à ses enfans, et que, s’il fallait pourvoir à l’existence d’une nombreuse famille, il faudrait vendre la chaumière ou le terrain acquis au prix de tant d’efforts, travailler à là terre d’autrui, au lieu de labourer son propre champ.

Les économistes et les statisticiens ont cherché s’il n’existe pas un rapport quelconque entre la fécondité de tel ou tel département et l’état de division plus ou moins grand de la propriété. On a cru trouver, mais par malheur les calculs sont bien hypothétiques, que plus la propriété foncière est divisée, moins la fécondité est grande. A vrai dire, les données d’après lesquelles on peut apprécier le plus ou moins de division de la propriété sont trop incertaines pour qu’on en tire une conclusion de quelque valeur.

De même, si l’on classe les quatre-vingt-cinq départemens [2] d’après les impôts d’habitation, ce qui donne, dans une certaine mesure, l’indication de leur richesse plus ou moins grande, on voit

  1. Il faut en excepter la ville de Londres, dont la natalité est plus forte que celle des autres parties de l’Angleterre.
  2. En exceptant. la Corse et le territoire de Belfort.