Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/607

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Chaque année on constate une infécondité plus grande : chaque statistique confirme une aggravation. Aussi croyons-nous nécessaire de le dire ici tout haut, afin que chaque Français aimant son pays le sache et le redise : l’avenir de la France est compromis si l’on n’apporte un prompt remède à cette maladie morale.


IV

C’est ici que nous prions le lecteur de nous prêter à la fois indulgence et attention. Indulgence, car nous’ oserons proposer des réformes profondes qui paraîtront exagérées à quelques esprits timides ; attention, car le point principal de cette étude n’est pas tant de prouver un fait déjà démontré et commenté par beaucoup d’excellens écrivains que de chercher les moyens d’y remédier.

Examinons d’abord un des côtés du problème. L’accroissement de la population ne dépend pas seulement des naissances, mais aussi des décès. Il est évident que la diminution de la mortalité fait croître le chiffre de la population, aussi bien que l’augmentation de la natalité. Or, en France, avons-nous dit, cette mortalité est peu considérable ; mais il dépend de nous de la faire moins considérable encore. En effet, parmi les décès que chaque jour amène en si grand nombre, certaines causes de mort ne peuvent être évitées. Les maladies, les accidens, la vieillesse, sont des maux auxquels bien souvent nul ne peut apporter de remède, et qui, fatalement, entraînent la mort.

Mais il est des morts qu’on peut empêcher et qu’une organisation sociale meilleure saurait certainement combattre : ce sont les décès des petits enfans âgés de moins d’un an.

Que voyons-nous, en effet ? C’est que, par suite des vices de nos institutions sociales, les morts des nouveau-nés sont beaucoup plus nombreuses qu’elles ne devraient l’être. Si nous prenons la statistique des décès d’une année, de l’année 1878 par exemple, nous trouvons que, sur 839,176 décès, il y en a 159,105 qui portent sur les enfans âgés de moins d’un an, c’est-à-dire plus du cinquième du nombre total. Ce chiffre énorme n’est certainement pas dû à une fatalité physiologique, car un enfant nouveau-né, placé dans des conditions d’existence normales, possède une résistance vitale extraordinaire. Pour vivre et pour grandir, il suffit qu’il soit bien nourri. Or, pour beaucoup de nouveau-nés, la nourriture est insuffisante ou mauvaise. Le lait maternel leur fait défaut. Ils sont élevés au biberon, avec du lait de vache plus ou moins altéré, en quantité trop grande ou trop faible. Ou bien encore, soit par ignorance, soit par insouciance, on