Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/678

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Ce n’était pas à proprement parler une création, mais une combinaison éclectique, souvent pleine de contradictions. La base, c’était le style gothique de la troisième période, avec un pressentiment de la renaissance italienne qui venait altérer les formes primitives et le caractère, et jeter dans l’ornementation un reflet des idées qui flottaient alors dans l’air et constituaient le fond des préoccupations de la nation.

A un moment décisif de l’histoire du Portugal, dès le XIVe siècle, le génie maritime de la nation s’était révélé. Dom Henrique, fils de Jean Ier (1387), avait fondé l’école nautique de Sagres et concentré tous ses efforts vers ces études : en 1418, on avait découvert Madère, en 1431 ; les Açores ; en 1447, les îles du Cap-Vert. Jean II apportait encore aux choses de la navigation une ardeur plus active, il prépara l’expédition de Covilham, agrandit chaque jour le domaine des Portugais, prit le titre de seigneur de Guinée, et eut la gloire de confier à Diaz la flotte qui, après avoir doublé le cap des Tourmentes, devait l’appeler au retour le cap de Bonne-Espérance. Dom Manoel allait recueillir le fruit des efforts de Jean II ; le 14 juillet 1497, il assistait sur la plage de Belem au départ de Vasco de Gama et faisait vœu, si le voyageur revenait sain et sauf des rives lointaines après avoir réalisé le rêve de son prédécesseur, d’élever un temple superbe au lieu où s’élevait l’humble sanctuaire de Bethléem. Trois années après, Vasco découvrait les Indes, et dom Manoel posait la première pierre du monastère de Belem. L’esprit nouveau devait naturellement se refléter dans l’œuvre nouvelle où Boytaca symbolisait les récentes découvertes en créant tout un système ornemental où se combinaient la sphère armillaire, que le roi ajoutait à ses armes, les cordages, les croix du Christ, les fleurs des rives nouvelles, les coraux et les madrépores, emblèmes des longs voyages et du génie maritime.

C’est la période créatrice des Portugais ; quelques-unes de ces applications ne sont pas irréprochables au point de vue de la mesure et du goût : il faut le constater, car Belem a engendré Thomar, et l’abondance et la liberté jointes à un certain dérèglement d’imagination devaient vite ramener une décadence.

Un art national, en effet, doit être le résultat d’une progression artistique suivie, et cette progression est presque toujours lente : il est dangereux d’être à la merci des influences qui se produisent par a à-coups, » par cette raison dominante qu’on ne substitue pas aux conditions inhérentes au sol et au climat, des circonstances accidentelles, et qu’un fait, si important qu’il soit dans l’histoire d’un peuple, ne suffit pas pour engendrer un style. Les lois de la construction qui déterminent le système de l’architecture, et les lois de la décoration dans les arts mineurs, sont toujours dictées, les