Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/722

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est la meilleure politique ? Est-ce la politique irritante de parti, de violence et de division qu’on pratique aujourd’hui ? N’est-ce pas plutôt la politique de libéralisme équitable dont nous parlions, celte politique que les hommes éclairés du parlement devraient rappeler et soutenir en toute occasion ? La question est là tout entière : par l’une de ces politiques la France reste nécessairement affaiblie, en guerre avec elle-même ; par l’autre elle retrouve la force et le crédit d’une puissance qui, appuyée sur la paix intérieure, garde la liberté de son rôle dans le monde.

Aussi bien, il faut l’avouer, les perspectives extérieures ne sont pas à l’heure présente des plus favorables, et notre pays, pour sa part, est engagé, bon gré mal gré, dans une affaire qui ne laisse pas de prendre un caractère inquiétant : c’est toujours cette affaire d’Egypte qu’on a cru régler tout récemment par une démonstration navale de la France et de l’Angleterre devant Alexandrie et qui, loin de s’apaiser, vient d’entrer dans la phase la plus aiguë. Il n’est point douteux qu’il a dû y avoir quelque méprise, qu’on s’est rendu un compte peu exact de la situation, qu’on a laissé un peu trop courir ces événemens où une révolution intérieure se mêle aux difficultés diplomatiques de l’ordre le plus sérieux et le plus délicat. Toujours est-il que l’imbroglio est complet aujourd’hui dans la vallée du Nil. Cette question d’Egypte, elle était sans doute toujours menaçante depuis les insurrections militaires qui ont porté au pouvoir un soldat ambitieux, Arabi-Pacha : elle a été surtout aggravée, compliquée et précipitée il y a quelques semaines par ce conflit qui a éclaté tout à coup entre le khédive et ses ministres, qui était par lui-même la révélation bizarre d’une situation anarchique. Ce conflit, on le sait, s’était produit à la suite d’une prétendue conspiration militaire et d’un jugement de cour martiale condamnant les chefs de la mystérieuse conspiration. Le khédive a voulu gracier les condamnés ; le ministère, qui se résumait dans Arabi-Pacha, devenu maître de tout, n’a voulu ni accepter la décision du prince ni se retirer. Il s’est mis en insurrection déclarée contre le vice-roi, et voilà la guerre intestine allumée aux bords du Nil sous les yeux des puissances manifestement intéressées à surveiller tout ce qui se passe en Egypte.

Qu’allait-il sortir de là ? Pendant quelques jours on est resté en présence. Tewfik-Pacha s’est débattu tant bien que mal, cherchant secours et conseil un peu partout, s’adressant tour à tour aux puissances et à la Porte, tenant assez ferme néanmoins. Le ministère a poussé la révolte aussi loin qu’il l’a pu, sans déguiser l’intention d’aller jusqu’à la déposition du prince. Il a essayé de réunir, de gagner à sa cause la chambre des notables, qui a résisté, qui a refusé du moins de prendre un rôle dans le mouvement. Il a voulu se servir de l’armée. Bref, on était en pleine anarchie lorsque quelques médiateurs, et