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LE MOUVEMENT FINANCIER DE LA QUINZAINE.

Les émotions n’ont pas fait défaut au marché financier de Paris pendant cette quinzaine. La question Léon Say et la question égyptienne ont tour à tour agité les nerfs de la spéculation et fait passer la Bourse par des péripéties multiples aux termes desquelles il se trouve que les bonnes dispositions qui prévalaient au milieu du mois ont fait place à des tendances toutes contraires et qu’une réaction assez notable s’est produite sur nos fonds publics.

La démission donnée par le ministre des finances à la suite du débat relatif à la prise en considération d’une proposition sur le régime des boissons a fait craindre aux banquiers que tout l’édifice budgétaire élevé sur ce triple fondement : ni conversion, ni emprunt, ni rachat des chemins de fer, ne fût renversé par un caprice de la chambre des députés. On n’a pas oublié que les conditions mises par M. Léon Say à son entrée dans le cabinet Freycinet avaient servi de point de départ au mouvement de hausse qui a porté de nouveau le 5 pour 100 à 118 francs. M. Léon Say s’en allant, les fameuses conditions disparaissaient avec lui, et la rente s’acheminait rapidement vers les bas cours d’où on l’avait, non sans peine, remontée.

La chambre, en donnant au ministre un vote de confiance, a dissipé ces appréhensions, au moins pour le moment, et peut-être les cours auxquels les rentes étaient cotées à la fin de la première quinzaine de mai auraient-ils été repris si la situation en Egypte n’avait présenté, tout à coup, un caractère de gravité qui a dérouté les tendances optimistes, auxquelles la spéculation s’abandonne si volontiers pour tout ce qui concerne la politique extérieure. Depuis qu’Arabi a commencé à braver ouvertement et l’autorité du khédive, et les conseils, puis les intimations des consuls-généraux de France et d’Angleterre, la Bourse a réglé son allure sur les nouvelles d’Egypte.

Le mouvement des transactions s’est d’ailleurs ralenti à mesure que les informations reçues du Caire étaient moins satisfaisantes, et bon nombre de spéculateurs n’ont plus cherché qu’à alléger à l’avance leurs positions à la hausse. Les banquiers n’ont soutenu les cours que dans la proportion nécessaire pour empêcher la réaction de dégénérer en panique. Ces diverses causes ont eu pour résultat un recul de 50 centimes environ sur le 3 pour 100 ancien et sur l’amortissable, et de 1 franc sur le 5 pour 100.

La liquidation s’annonce peu favorable pour les haussiers. Ils ont perdu le report sur les rentes et de plus les cours actuels sont