Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/874

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en deux camps ; partout la lutte, légale et pacifique sans doute, grâce à l’attitude modérée qu’ont su prendre à la fois le gouvernement et l’épiscopat ; mais une lutte de ce genre, entretenue également par les excitations des partis et par les scrupules les plus respectables des consciences, et s’étendant par la force des choses jusqu’à l’enfance, ne peut que paralyser le zèle des maîtres, encourager la paresse et l’indiscipline des élèves, et répandre dans toute la nation une agitation redoutable.

Pour l’instruction secondaire, tout est encore en question, malgré les réformes accomplies ou en voie d’accomplissement. L’enseignement classique a été plutôt bouleversé qu’amélioré et les esprits les plus libres, ceux qui appelaient les plus larges innovations, M. Michel Bréal à leur tête, jettent déjà un cri d’alarme. L’enseignement spécial attend une réorganisation qui lui assure sa véritable place dans nos institutions scolaires. L’enseignement secondaire des filles a reçu de la loi son état civil et du conseil supérieur de l’instruction publique ses programmes généraux. Il a une école normale supérieure pour former des « professeurs femmes. » Les projets commencent à se multiplier pour lui donner des lycées et des collèges. Il a pour lui, sinon la faveur publique, du moins les faveurs officielles ; mais on ne sait pas encore ce qu’il est ni ce qu’il doit être ; et le conseil municipal de Paris a pu demander, non sans une apparence de raison, en quoi il différait de l’enseignement primaire supérieur. On ne sait pas non plus quel sera son régime. La loi ne lui concède l’internat qu’à titre exceptionnel, comme une annexe purement municipale : la plupart des villes qui réclament des lycées déjeunes filles ne sont pas loin de considérer l’exception comme la règle et l’accessoire comme le principal. Celte question des internats pèse également sur l’enseignement secondaire des garçons. Soulevée depuis longtemps non-seulement par les adversaires, mais par les amis les plus dévoués de l’Université, elle laisse, tant qu’elle n’est pas résolue, les établissemens universitaires sous le coup d’accusations passionnées qui les signalent à la défiance des familles. C’est de ce côté qu’auraient dû être dirigées les premières réformes. Rien encore n’a été tenté. Rien aussi de sérieux n’a été fait sur une autre question qui intéresse également les divers ordres d’enseignemens : celle du baccalauréat ou de l’examen final destiné à constater les résultats des études. Les jeunes filles vont avoir, je ne sais sous quel nom, leur baccalauréat ; le titre de baccalauréat est déjà acquis au diplôme de fin d’études de l’enseignement spécial ; le baccalauréat classique a subi de nouvelles réformes ; mais ces innovations et ces changemens laissent toujours subsister une question préjudicielle, la seule qu’on ne songe pas à résoudre, bien qu’elle