Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 51.djvu/917

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lesquelles, depuis un siècle, le monde est dirigé. Le christianisme, qui prêche le renoncement à la vie, qui nie en quelque sorte la terre, pour lequel l’existence actuelle n’est que la préparation à la mort, ne s’accommodera qu’avec peine à la soif d’activité, ; au besoin de bien-être, à l’ardeur matérielle que les grandes découvertes de la science et les progrès immenses de l’industrie ont répandus de toutes parts. Quant au fatalisme musulman, il est la négation même de toute civilisation. Rien ne serait plus aisé, au contraire, que de ramener les dogmes judaïques à des formules assez simples pour ne blesser en aucune manière la raison contemporaine, et assez élastiques pour supporte ? une interprétation qui ne contrarierait nullement le développement pratique de l’humanité. L’unité divine, telle que l’entendaient les premiers juifs, n’était en quelque sorte que la combinaison de tous les éléments divins qu’ils croyaient découvrir au-dessus de la nature. S’il paraît aujourd’hui démontré que le monde obéit à des lois qui ne lui sont point extérieures et que l’univers est le produit de forces internes qui naissent incessamment les unes des autres, on s’accorde généralement à penser que ces lois et ses forces ont une ; unité supérieure dont la formule sera la dernière découverte de la pensée humaine. Sans doute, l’unité des lois et des forces naturelles n’est point l’unité divine ; il n’y a pas de contradiction cependant entre les deux idées ; elles peuvent subsister côte à côte sans se détruire ; au besoin même elles peuvent se confondre.

Le second des dogmes judaïques, le messianisme, ramené à sa forme primitive que le christianisme a si profondément altérée, n’est pas si l’on veut y autre chose que la croyance au progrès social, avec cette seule condition particulière que ce progrès doit être accompli par les mains et sous la direction des juifs. L’orgueil hébraïque acceptera sans peine cette condition et tâchera de la réaliser. Au moment où, dans les plus grandes nations de l’Europe, les juifs semblent sur le point d’arriver à l’influence politique et d’acquérir peu à peu la puissance publique, serait-il bien téméraire de leur part d’espérer que le jour est prochain où ils feront triompher dans le monde l’idéal de justice et de bonheur dont le rêve, depuis tant de siècles, les poursuit à travers toutes les déceptions et les soutient à travers toutes les épreuves ? Peu importe que cette révolution soit l’œuvre d’un messie ou qu’une race entière l’accomplisse par une série d’efforts combinés ! L’essentiel, c’est qu’elle se produise, c’est qu’elle donne les fruits qu’on en attend. Tandis que l’islamisme se perdait dans le fatalisme et que le christianisme s’enivrait d’espérances surnaturelles, le judaïsme ne s’est jamais laissé détourner de l’idéal purement terrestre qui était son invention principale ; rien de moins juif que la parole de Jésus :