Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 52.djvu/30

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de la maison de Condé, leur héritier avait consacré les heures de l’exil à retracer l’histoire des princes de cette maison pendant le XVIe siècle. Le premier volume était imprimé quand, en 1863, le préfet de police le fit saisir chez le brocheur. Entendait-on le poursuivre ? Nullement. Sous ce terme équivoque de saisie, c’était une confiscation déguisée. L’auteur ne manqua pas une si belle occasion de recommencer la lutte contre le pouvoir arbitraire. Devant le tribunal et devant la cour, M. Dufaure et M. Hébert défendirent le droit de propriété. Le préfet de police, abrité derrière la séparation des pouvoirs, ayant refusé de plaider le fond de l’affaire, les tribunaux admirent l’exception ; mais, devant la conscience publique, ce fut le droit qui triompha et, en 1869, le volume, devenu célèbre avant que de paraître, fut restitué.

Il y a des heures où les gouvernemens sont condamnés à accumuler les fautes. A la suite des élections de 1863, le ministre de l’intérieur, irrité qu’un comité électoral eût osé se fonder, avait résolu de le poursuivre sous l’inculpation d’association illicite de plus de vingt personnes. Le nombre coupable ne s’était pas rencontré. Treize personnes seulement avaient été poursuivies. Plus le fondement de l’inculpation était faible et plus fut ardente la vivacité des poursuites. A l’appel des prévenus, tous inscrits au barreau, le conseil de l’ordre s’était levé et avait résolu de défendre, sous le nom des jeunes avocats en cause, la liberté électorale menacée. A côté de MM. Berryer, Grévy, Hébert, Marie et Favre, M. Dufaure tint tête au ministère public, aussi bien au tribunal que devant la cour. Il rappela ses luttes de la restauration, les grandes élections d’où était sorti le renversement des ministères Villèle et Polignac et les comités électoraux de Bordeaux qui comprenaient tout le barreau. Il suivit pas à pas la prévention et conclut qu’elle reposait sur une de ces hallucinations politiques qui trompent et perdent le pouvoir. Après les maîtres de l’éloquence, il sut trouver des développemens nouveaux, éclairer d’une lumière plus brillante tel point obscur et troubler ses adversaires. Il y eut un moment où, fatigué de démontrer une certitude, et se souvenant de cette série de procès dans lesquels le ministère public ne se lassait pas de lui opposer la chute des gouvernemens qu’il avait servis, il s’écria :


Voilà trois fois qu’on me répond que, si les gouvernemens antérieurs sont tombés, c’est tantôt parce qu’on n’a pas violé le secret des lettres, tantôt parce qu’ils ne se sont pas violemment emparés de publications qu’aucune loi ne condamnait, et, aujourd’hui enfin, parce qu’ils n’ont pas empêché des réunions que le législateur a oublié d’interdire. Je laisse à la conscience publique à apprécier ces vues nouvelles sur les causes de la grandeur et de la décadence des gouvernemens.