Page:Revue des Deux Mondes - 1882 - tome 52.djvu/787

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que nous regardons avec curiosité dans les vitrines d’un musée sont bien plus curieux encore et deviennent plus instructifs quand on les retrouve à leur place. On en saisit alors la destination, on en comprend mieux le caractère. Parmi les villes étrusques, il y en a peu qui aient conservé autant de souvenirs de leur glorieux passé que Corneto, l’ancienne Tarquinies ; c’est là qu’il faut aller si l’on veut connaître sur place la vieille Ëtrurie. Non-seulement cette ville possède un plus grand nombre de monumens antiques que les autres, mais nous avons ici l’avantage que ces monumens ont été étudiés par des savans distingués, surtout par M. Helbig, l’un des directeurs de l’Institut archéologique de Rome, que nos lecteurs connaissent déjà [1]. Je ne vois rien de mieux à faire que de me servir des travaux de M. Helbig, de me mettre, pour ainsi dire, à sa suite, et de visiter les tombes de Corneto avec lui.


I

C’était autrefois un voyage pénible que de parcourir l’Étrurie maritime ; il fallait être très curieux et assez hardi pour se hasarder dans ces régions peu saines et mal habitées. Aujourd’hui rien n’est plus facile. Un chemin de fer fort intéressant longe le littoral de la Méditerranée depuis Gênes jusqu’à Palo, et, comme cette route est la plus courte pour aller de Turin à Rome, elle est très fréquentée. Il est vrai qu’on ne songe guère à s’arrêter aux stations intermédiaires, et que ce qu’on voit de la Maremme toscane, dans cette course rapide, ne donne pas le désir de la visiter de plus près. On a tort pourtant de ne pas le faire, et le voyageur qui s’arrêterait à Corneto pour y rester au moins une journée entière n’aurait pas à se plaindre d’avoir perdu son temps.

Corneto est situé entre Orbetello et Civita-Vecchia. C’est aujourd’hui une petite ville de quelques milliers d’habitans, perchée sur une hauteur verdoyante, et qui d’en bas frappe les yeux par la multitude de ses tourelles. On n’y arrive pas sans quelque fatigue ; là côte est rude à monter, mais une fois qu’on est parvenu au sommet, la vue dont on jouit dédommage de la peine qu’on s’est donnée. On a devant soi la mer, avec le Monte Argentaro, qui de loin semble jeté au milieu des flots. Si l’on se retourne du côté des terres, on voit une petite rivière, la Marta, s’enfoncer dans la vallée au milieu des arbres. En face, une colline s’étend parallèlement à celle sur laquelle est bâtie Corneto. Elles ne sont séparées entre elles que par

  1. Voyez l’article de la Revue du 1er octobre 1879, où il est question des travaux de M. Helbig au sujet des peintures de Pompéi.