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des ressources suffisantes pour les dépenses journalières. C’est là qu’on entretient des espèces précieuses, comme les moutons mérinos ou métis, — la tonte seule des mérinos donne un important revenu. C’est là que se fait l’engraissement méthodique de vaches et de bœufs destinés à la boucherie ; on les engraisse au moyen de tourteaux, de pulpes et de résidus de la fabrication des sucres ou des alcools de betterave. Mais les vraies fermes modèles sont particulièrement celles qui sont consacrées aux sucreries. La science s’y est établie à demeure en y installant des laboratoires, où l’on se rend compte de la puissance saccharine des betteraves, de la valeur des graines, et où l’on prépare des perfectionnemens agricoles de tout genre. C’est aussi l’esprit scientifique qui triomphe sous une de ses formes les plus modestes, mais les plus utiles, dans une comptabilité admirable d’ordre et d’exactitude.


III.

La classe ouvrière rurale s’offre sous les traits de catégories différentes qui présentent entre elles d’assez grandes inégalités. On ne peut mettre sur le même rang les travailleurs agricoles, en si grand nombre, qui joignent au salaire la possession d’un morceau de terre ou le revenu d’un petit capital, et ceux qui n’ont que leurs bras, les nomades et les sédentaires, ceux qui sont attachés à la ferme comme domestiques, charretiers, bergers, ceux qui exercent un travail purement agricole et ceux qui y mêlent quelque tâche industrielle. Il suffit d’indiquer ces variétés et d’en tenir compte, quand il y a lieu de le faire.

Les économistes distinguent le salaire nominal et le salaire réel. Le premier est exprimé par une somme d’argent, le second par la quantité des besoins satisfaits. Il y a lieu d’avoir égard à l’un et à l’autre, mais l’indication des gages ne suffirait pas si on ne mettait en regard leur pouvoir d’achat et le régime de vie, qui seul répond à la réalité.

Sous ce double aspect, les ouvriers ruraux forment sans conteste la catégorie des classes agricoles qui a le plus gagné — relativement et absolument. On ne saurait en aucune sorte comparer l’accroissement des fermages pour les propriétaires et celui des bénéfices pour les fermiers, à l’augmentation des salaires qui ont presque triplé, tandis que le prix des objets de consommation était loin de doubler pour les articles les plus chers ceux que l’ouvrier consomme en moindre partie. Le vêtement a baissé de prix. Le pain n’a pas enchéri, et les légumes, ainsi que les divers produits végétaux, produits consommés en bien plus grande quantité qu’autrefois,