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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 novembre.

Certes, la France, comme tous les grands pays, a eu dans son histoire plus d’un cruel moment. Elle a passé, au cours de son éclatante existence, par de violentes épreuves, et la crise qu’elle traverse à l’heure qu’il est n’est pas la première qui ait été infligée à son courage et à sa fortune. Ce qu’il y a de nouveau, de poignant aujourd’hui, c’est que cette crise présente, que les hâbleurs de l’optimisme officiel peuvent seuls nier, semble n’être plus, comme dans d’autres temps, un simple accident, qu’elle s’aggrave en se prolongeant, qu’elle devient de jour en jour plus obscure, plus oppressive, et qu’on finit par ne plus savoir comment on en sortira.

Est-ce donc que la France, au lendemain des désastres qui l’ont accablée il y a quatorze ans, ait manqué à ceux qui ont entrepris de la diriger et de la gouverner ? Elle a offert au contraire toute sa bonne volonté, son travail, son épargne, sa docilité, son abnégation ; elle s’est prêtée à tout ce qui pouvait la relever, et chose extraordinaire, elle était sûrement, il y a dix ans, dans une situation meilleure qu’aujourd’hui. A peine pacifiée, elle avait retrouvé, sous une direction prévoyante, un crériit presque imprévu, des finances prospères malgré d’immenses charges, l’estime due à ses malheurs, une armée qui commençait à se reconstituer. Dix ans sont passés, ce premier mouvement de renaissance a manifestement dévié, et on est rentré par degrés dans l’ère des déficits financiers, des affaires de diplomatie mal engagées et mal conduites, des entreprises incohérentes, des confusions administratives et militaires. Par quelle étrange fatalité a-t-on reculé au lieu d’avancer depuis sept ou huit ans ? Il faut bien qu’il y ait une raison, et cette raison est désormais assez évidente : c’est qu’à un certain moment, il y a eu une politique prétendue républicaine, une politique à la fois puérile et arrogante, qui a cru pouvoir traiter