Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/932

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Et son café servi par la femme de charge.
Tout lui parle, en ce lieu, de vie heureuse et large.
La cheminée, où flambe un joyeux feu de bois,
A son marbre encombré de bibelots chinois.
Dans des panneaux bordés de dorures légères,
On a peint des bergers aux pieds de leurs bergères.
Les murs sont d’un blanc doux ; tout est riant et clair.
Dehors, le parc, — on touche à la fin de l’hiver, —
Est déjà printanier sur ses pelouses fraîches.
Les arbres dépouillés laissent voir les deux flèches
De l’église voisine, et des pigeons ramiers
Vont des clochers aux nids dans leurs vols familiers.
Tout ici semble faire accueil à la fillette,
Qui, pour accommoder quelque objet de toilette,
S’est mise à l’œuvre et tire allègrement son fil,
 — Tout, jusqu’au grand portrait équestre, de profil,
D’un aïeul en perruque, au nez de grande race,
Avec le cordon bleu traversant sa cuirasse,
Qui gagne, en agitant un court bâton doré,
La bataille qu’on voit sous son cheval cabré.

Dire que, l’autre mois, elle était sans ouvrage !
Oh ! comme elle a bien fait de prendre son courage
A deux mains et d’aller au couvent voir la sœur ! ..
Justement on avait le même confesseur ;
On l’avait remarquée aux vêpres, les dimanches.
Sœur Agathe, cachant ses deux mains sous ses manches,
Écouta sa requête et fit un gros soupir.
Mais, dès le lendemain, on la faisait venir
Pour travailler, et tous les jours, chez la duchesse.

Comme, dans ce milieu de luxe et de richesse,
On était bon pour elle et comme on lui parlait !
Toujours : « Mademoiselle » et toujours : « S’il vous plaît. »
Très timide, elle s’est pourtant apprivoisée.
Dans cette belle chambre, auprès de la croisée,
Devant ce grand jardin par instans regardé,
Quand, toute à son travail, le doigt coiffé d’un dé,
Elle coud vivement, en cassant des aiguilles,
Surviennent quelquefois la duchesse et ses filles,
Les deux aimables sœurs qui se ressemblent tant.
Pour parler de toilette on s’arrête un instant,
Et la fille du peuple en est toute charmée ;
Car ce sont des : « Bonjour, mademoiselle Aimée ! »