Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 69.djvu/73

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nationales, où l’on a enregistré les actes émanés de la chancellerie anglaise pendant cette période, sont remplis de lettres de pardon ou de rémission octroyées au nom de Henri V et de Henri VI à divers habitans de ce bailliage, et rien ne prouve mieux à quel degré l’autorité du roi d’Angleterre était dès lors reconnue et acceptée dans cette région. Quelques-unes de ces lettres ont été délivrées à l’occasion de délits commis dans la prévôté d’Andelot, d’où relevait la châtellenie de Vaucouleurs. Cette châtellenie était, à vrai dire, le dernier lambeau de terre française que Charles VII eût conservé à l’extrémité orientale de son royaume, de même qu’il avait réussi à garder le Mont-Saint-Michel à l’extrémité occidentale Pressé par les Anglo-Bourguignons au sud, par le remuant et violent Robert de Saarbruck, seigneur de Commercy, au nord, enserré à l’ouest et à l’est entre les possessions des ducs de Bar et de Lorraine sans cesse en guerre avec leurs voisins, ce petit coin de terre était une sorte d’arène où venaient se heurter tous les partis ; et pendant les quatre ou cinq années qui précédèrent immédiatement la première apparition de l’archange Michel à la Pucelle, vers le milieu de 1425, on peut compter jusqu’à dix ou douze chefs de bande qui le ravageaient pour ainsi dire à l’envi dans tous les sens.

Pendant la première moitié du XVe siècle, les hommes d’armes des marches de Lorraine avaient la réputation d’être, avec les Bretons, les plus grands pillards qu’il y eût au monde. Dans un passage de sa chronique relatif à Chariot de Deuilly, maréchal de Lorraine, Jouvenel des Ursins dit que ce partisan « commença à courir le pays, à piller, à dérober et à mettre feux, selon que l’on a accoutumé de faire en Lorraine. » Si l’on étudie les documens originaux de cette période, on voit que cette réputation était parfaitement méritée. À la fin de 1415, alors que Charles II, duc de Lorraine, qui venait de prendre part à la néfaste expédition d’Azincourt, regagnait son duché, les gens d’armes de sa suite, dans le trajet de Provins à Troyes, avaient fait main-basse sur cinquante-trois chevaux et sur un char ferré, attelé de quatre chevaux, sans parler du menu butin. Quelques mois auparavant, au moment où Guillaume de Cantiers, évêque d’Évreux, Géraud du Puy, évêque de Carcassonne, Guillaume de Marie, doyen de Senlis, se rendaient du concile de Constance à Paris, avec une escorte de quatre-vingts personnes, le maréchal de Lorraine, ce même Charlot de Deuilly dont nous parlions tout à l’heure, Henri et Winchelin de La Tour, Jean de Chauffourt, soudoyés secrètement par le duc de Bourgogne Jean sans Peur, n’avaient pas craint de tendre à ces hauts personnages un véritable guet-apens ; ils les avaient attaqués à main armée au passage de la Meuse, entre Foug et Void ; ils avaient fait les deux évêques prisonniers, après avoir tué le chapelain de l’évêque de